Fondé en 2016 par Gabriel Amard, Le Journal de l’insoumission sera désormais disponible en kiosques. Se définissant comme « 100 % citoyen et sans pub », on sent tout de suite que nous avons affaire à du sérieux. Enfin, pas tant que ça, sachant qu’on voit mal ce que serait un organe « 0 % citoyen », à moins, évidemment, de confondre yaourts et journaux. Quant à la pub, la belle affaire : quel annonceur se risquerait à prendre des pages dans un journal anticapitaliste, à moins de vouloir à la fois ruiner la réputation du journal et de l’annonceur ? Un peu comme si Marc Dorcel faisait la réclame de ses vidéos dans Famille chrétienne.

En guise de feuille de route, Gabriel Amard annonce : « Nous ne sommes pas le journal officiel de mais nous entendons participer de l’éveil de l’esprit critique qui s’impose en ce début de XXIe siècle. » Voilà qui pose son homme, mais qui pose aussi d’autres questions, dont celle-ci : qui est-il, en vrai ? Le gendre de Jean-Luc Mélenchon, tout simplement, époux de Maryline Mélenchon, par ailleurs secrétaire d’édition dudit trimestriel. C’est bien la peine que la Méluche raille la propension des Le Pen à faire de la en famille.

Et qui figure en couverture du premier numéro du Journal de l’insoumission en version papier ? Mélenchon Jean-Luc. On imagine qu’il n’a pas dû exercer plus que ça de pressions pour bénéficier d’un tel honneur. Dans le fond, rien de véritablement révoltant. Après tout, L’Humanité n’a jamais caché sa forte proximité avec le , pas plus que Rouge avec la Ligue communiste révolutionnaire et encore moins National Hebdo avec le Front national. Le tout, c’est d’admettre les faits.

Après la forme, le fond. D’où ce long article paru dans l’avant-dernier numéro de ce trimestriel, qui pointe d’autres liens organiques, entre militants trumpistes et électeurs lepénistes. Chez  : « Il y a la falsification des faits, des réalités sociales, historiques et scientifiques qui sont des méthodes qu’affectionne l’extrême . » Chez Marine Le Pen : « Nous retrouvons ce même logiciel idéologique au sein de l’extrême droite française. On y retrouve la même définition ethnique et identitaire de la nation, le refus de l’égalité entre les êtres humains et la condamnation des mouvements sociaux ou politiques qui se battent pour l’égalité. » C’est signé d’un certain Anthony Brondel qui, à en juger de la subtilité de ses jugements, a dû au moins apprendre les sciences politiques avec .

De fait, notre sociologue du dimanche n’écrit pas pour expliquer mais pour combattre, sûrement persuadé que sa plume est un fusil, comme on dit chez les adeptes de Trotski : « Combattre l’extrême droite, c’est dénoncer sa véritable fonction : un parti qui défend les intérêts des puissants. » Le concept est intéressant. Certains journalistes voient dans le un parti de gueux, de sans-dents, d’analphabètes et d’ahuris tétanisés par la de l’exotisme, tandis que d’autres y flairent une annexe du club Le Siècle, sorte de phalange de milliardaires prêts à verser le sang pour que vive le CAC 40. Faudrait savoir, mon gars ! D’ailleurs, ceux qui savent peut-être mieux que lui, ce sont les électeurs populaires de LFI qui sont quasiment tous passés avec armes et bagages au RN.

Ainsi ne suffit-il pas d’être de pour être intelligent, d’autres journalistes de gauche l’étant, eux, intelligents. Éric Fottorino, par exemple, directeur du Monde de 2007 à 2011 après y avoir écrit vingt-cinq ans durant, et fondateur du 1, en 2014. Dans la dernière livraison de ce mensuel, consacrée à « l’extrême droite sans Marine Le Pen », nous avons affaire à un véritable bain d’intelligence, pas plus antimariniste que ça et surtout à rebours de la douche de niaiserie de ces Insoumis en peau de lapin.

Encore un petit effort, camarades mélenchonistes !

1 février 2021

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