Editoriaux - 5 avril 2019

Algérie : un joug peut en cacher deux autres

Lorsque, sur CNews, j’ai entendu Karim Zéribi, sur le plateau de Sonia Mabrouk, évoquer le joug colonial de la France sur le pays de ses ancêtres, mon sang n’a fait qu’un tour. Comment ce commentateur peut-il à ce point insulter l’Histoire de France ? Comment peut-il utiliser ce nom que le Littré résume en ces termes : « Sujétion qu’impose un vainqueur ou une autorité oppressive ». Certes, la colonisation a eu ses ombres. Mais faut-il rappeler que les Français sont intervenus, dès 1830, dans un pays qui n’existait pas, qui était sous “le joug” des Turcs et qui, en 130 ans, en ont fait un pays moderne ?

J’ai pensé à mon grand-père, dont la tombe doit être profanée dans un cimetière d’Oran. J’ai pensé à mon père, qui y est né et a macadamisé les routes de ce beau pays. J’ai pensé à ce million d’Européens qui ont construit l’Algérie et qui ont été obligés de tout abandonner sous la pression terroriste d’une partie du peuple en rébellion.

Le joug colonial ? Ses parents, comme des dizaines de milliers de ses compatriotes à qui la France généreuse a accordé la nationalité française avec tous ses avantages, n’ont-il pas fui l’ère post-coloniale d’une Algérie devenue un pays misérable ? Qu’était-il resté de cette terre devenue généreuse par le travail de ces colons et de leurs employés ?

Pourquoi tant et tant d’Algériens continuent de quitter leur pays en proie non plus à un joug colonial mais à celui d’une espèce de dictature incapable d’assurer une gestion saine à ce pays dont les ressources sont pourtant immenses ?

En émigrant en France, les parents de Karim Zéribi ne lui ont-ils pas offert la possibilité de réussir brillamment, de devenir quelqu’un, d’être libre et de vivre la vie décente d’une France accueillante ?

Ne devrait-il pas regarder le présent, et les dangers actuels qui pèsent sur les Algériens, et les Français d’origine algérienne, là-bas et ici ? L’islamisation ? Le communautarisme ? Ne devrait-il pas s’inquiéter davantage de ces jeunes qui, drapés dans les couleurs algériennes, ont attaqué une personne transgenre qui sortait d’une bouche de métro, place de la République.

M. Zéribi devrait éviter de donner des leçons. Puisqu’il est français, il devrait profiter de sa présence sur-médiatisée pour éduquer la jeunesse qui partage ses origines algériennes à aimer la France et à essayer de lui éviter un autre joug que certains voudraient imposer, en France : celui de la charia.

Et puis, il devrait écouter ce qui se disait, mardi soir, dans les rues d’Alger, comme le rapporte Le Monde : « Après 62, c’est notre deuxième indépendance ! » Tiens, c’est donc qu’après le « joug colonial », il y eut un autre joug…

Un joug peut en cacher un autre, et parfois même deux.

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