Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 25 février 2019

Alexandre del Valle : “Les Algériens en France, souvent, exhibent le drapeau algérien lors des matchs de foot ici mais ils se mobilisent très peu pour leur pays.”

Alexandre Del Valle analyse la crise en Algérie : “L’épouvantail de la guerre civile ne fonctionne plus sur l’opinion algérienne. Rachid Nekaz n’a aucune chance mais il est dangereux car prêt à tout pour faire parler de lui…”

Emmanuel Macron a déclaré que l’Algérie faisait partie de ses plus grandes préoccupations et qu’il en était de même pour ses prédécesseurs. Pourquoi la situation politique de l’Algérie inquiète-t-elle autant la France ?

Ce pays est un partenaire et un fournisseur d’énergie. Il y a une relation historique indéniable en tant qu’ancien département français, des relations de francophonie, des coopérations diplomatiques et sécuritaires et même stratégiques, notamment contre le terrorisme islamiste dans la région du Sahel. Les liens sont très forts. Une déstabilisation de ce pays dans le cadre d’une sorte de révolution arabe pourrait être dramatique.
On se souvient de la guerre civile algérienne. Tout le monde en a peur. Mais d’un autre côté, beaucoup d’Algériens ne supportent plus qu’on leur dise que s’ils manifestent, il y a un risque de retour à la guerre civile. Ce spectre ne fonctionne plus, même si cela inquiète, de manière légitime, les voisins.

Rachid Nekkaz s’est fait connaître pour défendre, notamment, le port du voile en France. Ce personnage a-t-il des chances d’être élu en Algérie ?

Je pense que Rachid Nakkaz n’a aucune chance d’être élu. C’est un véritable imposteur. Il est capable de n’importe quoi pour être célèbre. Il a très souvent dit qu’il n’était pas islamiste et qu’il n’était pas contre le voile. Mais juste pour faire de la provocation et pour soi-disant défendre des femmes et leur liberté, il n’arrête pas de payer les amendes des femmes en burka depuis des années. C’est un défi envers les autorités françaises et républicaines. Il a joué sur deux tableaux, deux nationalités, deux pays. Il a, finalement, renoncé à sa nationalité française pour remplir les conditions constitutionnelles pour se présenter contre Bouteflika. Il est capable de n’importe quoi. Je pense même qu’il serait capable de s’allier avec les islamistes, qui espèrent beaucoup dans ces manifestations contre les candidatures de Bouteflika.
Rachid Nekkaz est tout simplement quelqu’un de dangereux, non pas parce qu’il est violent, mais parce qu’il est totalement incontrôlable et instable.
La seule chose qui compte, c’est qu’il fasse parler de lui comme il l’a fait en France. Il n’est absolument pas crédible. Il n’a aucune retenue. Il n’est pas sérieux.

Une grande communauté algérienne vit en France. Si des événements violents surviennent en Algérie, cette violence pourrait-elle se répercuter sur le territoire français ?

Je ne pense pas. Lorsqu’il y a eu une guerre terrible dans les années 90 à la suite de l’annulation de la victoire du FIS, il y a eu du maquis, le GIA et le GSPC pendant des années. Des mouvements islamo-terroristes se sont confrontés au pouvoir en place. Il y a eu 150 à 200 000 morts. C’est quelque chose d’énorme pour un pays voisin. Il n’y a pas eu d’importation de ce conflit.
Assez bizarrement, malgré ces horreurs, les gens d’origine algérienne en France manifestaient, à l’époque, davantage pour la Palestine plutôt que pour leur propre pays d’origine.
Il y a un phénomène étonnant. Les Algériens, en France, exhibent souvent le drapeau algérien lors d’un match de foot. Ils font souvent croire qu’ils ne se sentent pas français ou qu’ils sont très patriotes, très algériens, mais bizarrement, lorsqu’il faut vraiment se mêler des situations de leur pays d’origine, très peu d’Algériens de France se mobilisent.
Contrairement aux Tunisiens et aux Marocains, les Algériens de France se sentent un peu algériens par leur origine, mais sont relativement coupés politiquement de leur pays d’origine. Ils n’y sont pas présents et ne connaissent, souvent, pas la langue. Je ne pense donc pas, pour ces raisons, que cela puisse être importé. Il y a vraiment une différence entre les Algériens de France et le pays d’origine. Nous n’avons jamais vérifié cette importation des conflits. Je le répète, les Algériens de France sont souvent davantage mobilisés contre Israël que contre des ennemis internes en Algérie qui, pourtant, existent.

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