Afrique : une reprise des départs pour l’Europe ?

Depuis le début de l’année, le « maréchal » Khalifa Haftar et son Armée nationale libyenne ont connu de nombreux succès déstabilisant le Gouvernement libyen d’union nationale qui résiste à Tripoli. Dans ce contexte qui voit aussi la route de migration par les Balkans plus ou moins maîtrisée par Erdoğan, la Libye est redevenue un point de départ. Si l’on évoque 800.000 migrants possibles, il est certain que des dizaines de petites embarcations ont atteint les côtes italiennes (huit, le seul 21 mai), d’autres ayant sombré au large de la Tunisie ou de Malte. La situation politique et économique continuant à se dégrader dans presque toute l’Afrique, nous devons nous attendre à une reprise des départs vers l’Europe.

L’Afrique, 100 millions d’habitants en 1900, 1,2 milliard en 2017, sans doute pas loin du double dans quarante ans.

L’Afrique, 30 415 873 km2 dont 20 millions hors des zones arides, soit, à l’horizon 2050, une densité moyenne sur la partie hospitalière du continent de 125 habitants par kilomètre carré ; par comparaison, l’Italie d’aujourd’hui c’est 205, la France 122.

L’Afrique qui dispose de 1.200 million d’hectares de terres cultivables ayant un potentiel de rendement acceptable et dont seulement le quart est exploité, mal le plus souvent. L’Afrique qui abrite 60 % des réserves de terres agricoles non utilisées dans le monde.

En Amérique du Nord, le rendement des terres est de 67 % du potentiel, de 64 % en Europe de l’Ouest, mais de seulement 37 % en Europe de l’Est. L’Asie du Sud-Est atteint 89 %, alors qu’en Afrique du Nord, le rendement est de 40 % du potentiel et en Afrique subsaharienne de 24 %, soit une considérable marge de progression.

Les valeurs indiquées ci-dessus, extraites d’un rapport de la FAO, tiennent compte des capacités d’approvisionnements en eau car, là aussi, la réalité de l’Afrique surprend. Si l’Afrique ne possède que 9 % des ressources renouvelables en eau de la planète, si 4 Africains sur 10 vivent, aujourd’hui, dans des zones de stress hydrique, il n’en reste pas moins qu’à l’échelle du continent, les ressources en eau sont suffisantes.

L’Afrique est riche de ses réserves d’hydrocarbures, d’uranium et de nombreux autres minéraux, dont certains stratégiques. Un ensoleillement important, des surfaces inoccupées, des alizés constants : l’Afrique pourrait produire massivement et même exporter de l’électricité « verte ». Continent le moins industrialisé, il faudrait ne pas y reproduire les erreurs d’un développement destructeur des équilibres écologiques. Ses forêts sont aussi source de richesses et la déforestation n’y atteint pas des seuils dramatiques comme en Amérique du Sud.

L’Afrique où les modifications climatiques ont eu des effets plus précoces qu’ailleurs, largement amplifiés par l’incurie des gouvernements et la pression démographique. L’assèchement du lac Tchad est emblématique, sur tous les plans, d’une Afrique mal administrée, sans plan global de développement, sans investissements à la hauteur des enjeux et en déficit éducationnel ; bref, livrée à elle-même.

Les prédictions apocalyptiques, les descriptions alarmantes, les affirmations malthusiennes, la propagande larmoyante, accusatrice, les déclarations de l’inexorabilité des migrations africaines vers l’Europe ne sont que des mises en condition ayant pour objet de faire accepter aux peuples européens un plan de destruction de leurs identités, ce, sans aucun rapport avec une quelconque sollicitude pour l’Afrique. Tout comme l’esclavage, l’émigration qui saigne l’Afrique contribue à sa stagnation économique et culturelle.

L’Afrique a, en son sein, toutes les ressources physiques nécessaires à son développement économique ; les famines qu’elle subit ont des causes essentiellement politiques et des conséquences largement inférieures aux pestes et calamités qu’eurent à affronter les populations de l’Europe. L’instabilité politique, la prévarication systématique ne sont pas dues à des causes externes ou une époque coloniale achevée depuis soixante ans, elles sont le produit d’une évolution sociologique imparfaite, inachevée et le résultat d’un abandon trop précoce.

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