À l’orée de cette nouvelle année qui démarre, j’éprouve le désir de contribuer à l’anticipation des défis majeurs qui attendent l’ et de formuler quelques modestes recommandations dans le cadre d’une démarche prospective. Les continents qui réussissent le mieux, aujourd’hui, sont ceux qui cernent avec discernement les menaces et opportunités de leurs environnements et développent une veille stratégique pour anticiper sur les événements. Le monde occidental l’a parfaitement bien compris en développant une prospective intelligente sur des menaces graves à sa survie, à savoir le blanchiment de capitaux, l’entrée de pays comme la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le fondamentalisme et l’émigration. Il a réussi à anticiper ces problématiques, à définir des plans d’action et à mobiliser la communauté internationale autour de programmes.

S’agissant de l’Afrique, nos politiques d’anticipation et de veille devraient faire attention, notamment, à trois types de défis : l’uniformisation de la pensée internationale, la persistance d’une image négative sur le continent et le fléau de la corruption.

Dans un contexte de mondialisation accrue, les intérêts des puissances internationales face à une Afrique considérée à tort ou à raison comme le continent de la croissance de demain sont tels que les gouvernements africains ne sont plus les seules entités à pouvoir défendre l’intérêt général. En effet, les énormes pressions de toutes sortes exercées sur les élites gouvernantes, moyennant parfois des complaisances sur des questions importantes comme les alternances politiques, impliquent la nécessité pour l’Afrique de promouvoir la montée en puissance de ses intellectuels. Dans le cadre d’une démarche de veille, ces derniers, non tenus par les impératifs du politiquement correct, devraient constituer des éclaireurs et servir de boucliers pour les gouvernements, en faisant valoir des points de vue motivés et conformes aux intérêts de l’Afrique sur des questions agitées dans le monde. Cette Afrique mûre qui réfléchit, cette force de contre-proposition et d’esprit critique sont à encourager. C’est dans cette dynamique que nous lançons un appel à tous les intellectuels africains et sympathisants de l’Afrique pour structurer ce mécanisme de veille.

La deuxième menace est liée à une profonde méconnaissance de l’histoire de l’Afrique et de ses success-stories. L’Afrique évoque fondamentalement la traite esclavagiste, la et l’image de personnes éternellement assistées. Or, le développement suppose la maîtrise des questions de symboles et de préséance protocolaire qui sont essentielles au changement des rapports de force avec le reste du monde. Pour permettre de changer les mentalités, d’enrayer le regard néfaste porté sur l’Afrique et en même temps de vaincre les réticences psychologiques et complexes de toutes sortes, nous proposons l’institutionnalisation, au niveau de l’Union africaine, d’un mécanisme financier raisonnable, fortement médiatisé, destiné à aider les pays du monde frappés par des crises naturelles ; cet appui peut aussi s’adresser au quart-monde de ces pays. À l’heure des nouvelles technologies de l’information et de la communication, et dans un contexte de forte rivalité culturelle internationale, l’érection d’un média international africain est à encourager. L’Égypte est le berceau des mathématiques. Des personnes d’origine africaine ont été à l’origine de beaucoup d’inventions : lampe électrique, moteur à combustion, etc. Nous comptons lancer prochainement une publication destinée à rappeler l’apport technologique de l’Afrique à la bonne marche de l’humanité et à mettre en valeur les nouvelles success-stories.

Le troisième défi, enfin, est lié à la corruption organisée qui assèche les moyens financiers du continent. Cinquante milliards de dollars qui sortent chaque année du fait de pratiques généralement encouragées par des pays étrangers qui y trouvent leur intérêt. Une solution pratique pourrait être l’institutionnalisation de prix de référence sur chaque bien ou service commercialisé par l’Afrique avec le reste du monde. Ces prix de référence, à déterminer en fonction de l’historique des transactions, des réalités du marché et à réactualiser périodiquement, permettraient de mieux optimiser les budgets des marchés publics et la balance des paiements des pays africains et aideraient à mieux circonscrire les risques liés aux surfacturations.

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