Accueil Culture À l’école, la “génération j’ai le droit”, ou la dictature du moi, fait désormais la loi

À l’école, la “génération j’ai le droit”, ou la dictature du moi, fait désormais la loi

Parfois, on assiste à des règlements de comptes dans la presse dite mainstream. Ainsi Les Inrocks accusent Le Parisien d’avoir publié, ce mardi matin, un “dossier anti-jeunes”. Allez, pourquoi pas un dossier jeunophobe, tant qu’on y est ?

Sur Twitter, Christophe Carron, de slate.fr, en remet une louche : “Petit délire réac de @Le_Parisien contre ces branleurs de jeunes.” Parce que les idées d’en face sont toujours un délire – un fantasme, du grand n’importe quoi -, et “petit”, en plus. Mesquin, quoi. Dérisoire.

En cause, une double page intitulée “Génération j’ai le droit”, à l’instar du quatrième livre de Barbara Lefebvre, professeur d’histoire-géo étiquetée « réac » depuis qu’elle a contribué, il y a quinze ans – mais, dans ce domaine, la prescription n’existe pas, on est toujours condamné à perpète -, à l’ouvrage collectif Les Territoires perdus de la République. Elle a également fait parler d’elle en affrontant Emmanuel Macron sur le plateau de “L’Émission politique”, en avril dernier.

Qu’est-ce que la « génération j’ai le droit » ? “Une génération d’élèves et une génération de parents qui considèrent que leurs droits individuels prévalent sur l’intérêt général. On glorifie les identités particulières au détriment du bien commun”, explique Barbara Lefebvre dans Le Parisien. Le « moi haïssable » de Pascal s’est mué en moi intouchable. Et “cet individualisme fait le jeu de deux courants : d’une part, le modèle ultralibéral, avec le culte de l’argent ; d’autre part, le communautarisme”.

“Oui. Dès la 6e, les élèves se lèvent en plein cours, tutoient et interrompent l’enseignant…”, décrit-elle, pointant “deux rejets, deux crises : une crise de l’autorité et une crise de la culture”, en même temps qu’une école qui a perdu le “sens de sa mission”.

On ne voit pas bien où est le “dossier anti-jeunes”, car chacun en prend pour son grade : parents, professeurs et surtout gouvernants, qui ont laissé lâchement l’école se vider de sa substance. On ne voit pas bien, non plus, où est le “petit délire” : les faits que rapporte Barbara Lefebvre n’ont, hélas, rien de nouveau. C’est à peu près le même tragique constat qu’a fait Anne-Sophie Nogaret dans Du mammouth au Titanic, dénonçant une école maternante et démagogique à l’envi – “La victime [l’élève] n’est pas un adulte responsable mais un éternel enfant à qui il convient d’accorder une éternelle indulgence, l’infantilisant à vie” -, ou encore Florence Ehnuel, dans Le bavardage, parlons-en enfin, dépeignant une génération du bruit qui porte sa logorrhée en bandoulière comme son Eastpak, pour laquelle la parole est un besoin naturel – ils ne maîtrisent pas plus leur langue que, dans leur prime enfance, leur sphincter – et dont l’incontinence n’émeut pas les parents (“En luttant pour que l’attention l’emporte sur la distraction, suis-je un dinosaure qui appartient à un monde révolu ou suis-je en train de défendre des valeurs universelles qui restent d’actualité pour toute activité intellectuelle […] ?”).

Une génération de syndicadolistes, revendiquant ses droits et déniant ses responsabilités : “Yapakmoi !” et “Jparlèpa !” roulent toujours des yeux indignés.

Alors, on fait quoi ? On laisse se construire cette immense tour de Babel du moi où, “privés d’un accès exigeant à la langue, [les élèves] ne sont plus en capacité d’avoir une conversation avec quelqu’un qui vient d’un autre milieu”, et dont ne parviendront à s’extraire que ceux ayant les moyens d’aller chercher ailleurs… ou l’on se retrousse les manches en cessant de nier l’évidence ?

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