[CINÉMA] De la Comédie-Française, le film de troupe qui ne manque pas de piquant
Metteur en scène à la Comédie-Française, Nina Cardi n’a que trois heures devant elle avant le début de la première de Macbeth, le temps de faire des essais lumière avec le régisseur et de répéter la pièce avec ses comédiens.
Hélas, rien ne se passe comme prévu. N’ayant pas son badge, Stéphane, le gardien, pousse le professionnalisme jusqu’au zèle et refuse de la laisser entrer.
Puis Nina apprend que la comédienne censée incarner Lady Macbeth est coincée à Brest et ne pourra pas jouer ce soir. Il va donc lui falloir la remplacer au pied levé et réviser le texte à toute allure. Car à la Comédie-Française - lui martèle l’esprit de Molière, sous les traits du sémillant Benjamin Lavernhe -, on n’annule pas une représentation. Surtout lorsque le ministre de la Culture, dont dépendent les subventions, vient d’annoncer sa présence…
La troupe de comédiens, pour autant, ne sera guère plus arrangeante avec Nina : Antoine refuse par superstition de mettre une veste verte et couche avec Émilie, en coulisses, dans le dos de Philippe, son compagnon. Lequel finit par l’apprendre et fait un malaise, à quelques minutes de la représentation. La jeune Suzanne, quant à elle, ne pige rien au texte, et Nadine, la doyenne, fume des pétards pour déstresser.
Si, encore, le régisseur et la maquilleuse comprenaient les attentes de Nina et lui facilitaient la tâche ! Ajoutons à cela son ex-mari, qui débarque au théâtre sans prévenir et lui confie leur bébé, véritable bombe à retardement qui ne manquera pas de faire des dégâts, le moment venu…
À l’image du récit, un tournage dans l’urgence
Tourné en un temps record de trois semaines, seulement, avec des moyens limités et un casting intégralement issu du Théâtre français (entre autres Pauline Clément, Laurent Stocker, Benjamin Lavernhe, Julien Frison, Sefa Yeboah, Marina Hands, Christian Hecq, Guillaume Gallienne, et Florence Viala), De la Comédie-Française sera assurément l’un des films les plus méritants et amusants de cet été.
À l’origine, il y eut un projet de série télévisée de format court qui eût pu être enthousiasmant mais qui s’est enlisé au point que les producteurs ont finalement décidé d’aller au plus simple : un long-métrage pour le cinéma. La salle Richelieu ayant été disponible pour plusieurs jours en raison de travaux, la tentation fut grande de profiter de l’occasion. Les scénaristes Martin Darondeau, Bertrand Usclat, Pauline Clément et Clémence Dargent eurent donc deux mois, seulement, pour pondre un scénario solide avant d’attaquer le tournage. Un temps d’écriture très limité qui, malheureusement, se ressent et explique la faiblesse de certaines idées ou répliques (le personnage de la doyenne est particulièrement consternant). Ce n’est pourtant pas faute, de la part des scénaristes, de s’être entretenus avec les sociétaires et pensionnaires de la Comédie-Française afin de recueillir toutes sortes d’anecdotes insolites et d’enrichir leur récit.
Le film de Martin Darondeau et de Bertrand Usclat constituera, néanmoins, une agréable sortie en famille, globalement réjouissante et savamment rythmée, levant le voile sur les espaces, couloirs et loges, habituellement réservés aux sociétaires et pensionnaires de la Maison de Molière.
3 étoiles sur 5
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8 commentaires
Le film le plus drôle et le plus spirituel que nous avons eu l’occasion de voir depuis bien longtemps. Allez-y et ne boudez pas votre plaisir
Quelle tristesse de voir ce film « woke » adulé par des professionnels de la critique ! Passe encore pour un public innocent qui découvre durant les vacances un film sans prétentions, et qui a bien des raions de l’être, comme on entend une blague éculée à laquelle on sourit poliment. Ô la belle idée de cette mise en scène d’urgence et dans le chaos, cela pourrait être Feydeau qui fait du Molière en accéléré et déclenche du rire à la manière du cinéma muet, cela pourrait être un regard distancé à la manière du Capitaine Fracasse ou des Enfants du Paradis, un milieu d’acteurs pris en flagrant délire. Cela aurait intéressé, la Comédie française saisie sur le vif par la comédie, la vraie, celle qui fait rire pour de vrai. Mais pourquoi se fatiguer quand on peut réaliser un film avec une idée simple et surtout la bienpensance du jour. Les contrôles de sécurité? bah, même la réalisatrice qui monte son spectacle, vélocipédée comme il se doit, oublie son badge, et doit subir l’ire du contrôle. Drôlerie qui dure, montée en gros sabots, loin des cothurnes du théâtre. Ou que le rôle principal, insaisissable, est sous-traité par un préposé aux billets, roi Lear de la minorité africaine, élève en conservatoire, qui piétine de jouer, il sait tout par coeur, tout comme la maquilleuse appelée d’urgence. qui ne demande qu’à rendre service, elle sait les secrets magiques de son cru qui rendent jeune.
Comment dire sans maudire cette enfilade de lieux communs sur le théâtre officiel, cette scéne française qui n’échappe pas à l’ennui devenu film de rien, si contraire en vérité à Molière, éternel amuseur, qui pense encore jusqu’à nous et réussit à nous parler ?
La grande scène du genre aurait pu être l’apparition justement de Molière, spectre sortie des nues et reprochant au théâtre français de s’intéresser à Shakespeare.On imagine ce que « les grands » auraient pu en faire, ce qu’un acteur en force aurait pu bousculer, mais nous sommes là dans la petite gnogniotte entre amis complaisants, même pas suffisamment raides pour faire de la cruauté une saillie de rires. Messieurs les petits maîtres qui se sont emparés du Théâtre, contents d’eux, subventionnés, font du sous-boulevard à deux sous, encensés par ce mauvais goût du jour qui recycle tous les poncifs. Le théâtre vaut mieux que les théâtreux. Les comédiens valent plus que leurs soumissions à la vulgarité avec laquelle ils croient séduire un public indulgent.
Du temps du cinéma muet, les comédiens engagés dans des scènes dramatiques, se sachant hors d’écoute, panachaient leurs tyrades amoureuses de propos pornographiques, on le sait aujourd’hui par la lecture des lèvres. Alors, on était plus près du coeur quand la poitrine était plate ! Or ce film, élégant, est le pur produit de la vraie vulgarité. Il m’a fait horreur.
Travail bâclé, scénario inexistant, archi prévisible, on dirait du Jaoui raté. Un entre soi qui ne mérite pas de gâcher de la pellicule. Le film est fini après la scène d’entrée du toujours excellent Guillaume Galienne. Moliere méritait mieux quand même !
« N’ayant pas son badge, Stéphane, le gardien, pousse le professionnalisme jusqu’au zèle et refuse de la laisser entrer. » Le gardien aurait dû avoir un badge pour la laisser entrer ?
Eh oui, la langue de Molière en prend un coup!
Ah, merci de me rassurer : mes dents ne sont pas les seules à avoir grincé…
Si la Maison Molière résiste contre vents et marées des cultureux, il y a encore de l’espoir. Merci Monsieur Marcellesi pour cette chronique réjouissante (3/5).
Nous y avons passé un très bon moment … de rire intelligent.