Trente-cinq ans après, les Beurs pourraient reprendre leur marche

« La Marche pour l’égalité et contre le racisme » a débuté le samedi 15 octobre 1983, il y a trente-cinq ans, dans une grande indifférence générale. Une petite poignée de « Beurs », environ une vingtaine, partent de quartiers difficiles de Marseille (La Cayolle) pour rejoindre Paris. Cette marche entend pointer du doigt plusieurs « dysfonctionnements » : chômage, pauvreté, violences policières dans les banlieues.

Le fait générateur de cette marche a eu lieu quelques mois auparavant, très exactement le 20 juin 1983 à deux heures du matin, quand un maître-chien de la police a tiré sur Toumi Djaïdja, jeune président de l’association SOS Avenir Minguettes. Après un passage par Grenoble et Lyon, le cortège, qui grossit au fil des jours, arrive à Paris le 3 décembre. Ils sont 100.000 personnes à défiler entre la Bastille et Montparnasse. Mais on n’y trouve pas encore les personnalités politiques en devenir. Les grandes figures de l’association SOS Racisme, créée en 1984 (Harlem Désir, Julien Dray, Malek Boutih), n’émergeront que plus d’un an après, dans la foulée de la création de l’association affiliée au Parti socialiste. Le 3 décembre au soir, François Mitterrand reçoit les marcheurs à l’Élysée.

Que reste-t-il, aujourd’hui, de ces marcheurs dont l’action, dans l’histoire de l’immigration, peut être considérée comme le premier « coup de gueule » des jeunes de banlieues de la deuxième génération d’immigrés ? À vrai dire, pas grand-chose. Le meneur, Toumi Djaïdja, est vite sorti des radars médiatiques après avoir été condamné en 1984 pour un braquage commis en 1982. Il est gracié par François Mitterrand quelques semaines après sa condamnation. Un autre meneur, Djamel Atallah, dégoûté par l’entrisme des « faux anti-racistes » du Parti socialiste, abandonne tout engagement associatif et politique. À lire une interview qu’il a accordée il y a cinq ans au Nouvel Observateur en 2013, à l’occasion des trente ans de la marche, il considère que rien n’a changé et que, pire, la situation s’est aggravée :

« Avant, nous étions considérés comme pas vraiment français, comme des gens qui s’incrustaient. Aujourd’hui, c’est pire, on nous considère comme l’ennemi intérieur, la cinquième colonne. »

Force est de reconnaître que les politiques de la ville menées depuis plus d’un quart de siècle pour guérir ces banlieues malades, “réduire les inégalités”, “enrayer la dégradation physique et sociale” des quartiers sensibles, ou encore “favoriser l’emploi et l’insertion” ont été, au mieux, des politiques incertaines ou opaques et, au pire, des politiques d’échec. Loin de résoudre les problèmes, elles ont, dans certains cas, connu des effets pervers : favoriser le phénomène de ghettoïsation, cultiver les économies souterraines et parallèles, et encore être le terreau de nombreux fondamentalismes et de phénomènes criminels. De quoi inciter les « Beurs » à reprendre leur marche ?

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