Editoriaux - Histoire - 13 mai 2019

14 mai 1919 : le roi décoré par un adjudant

Il y a tout juste 100 ans, le 14 mai 1919, a eu lieu, à Bruxelles, une cérémonie peu banale. Ce jour-là, le roi des Belges, Albert Ier (1875-1934), arrière-grand-père de l’actuel roi des Belges Philippe, se voit remettre la croix de guerre 1914-1918, dans les jardins du Palais royal, devant un immense parterre de ministres, d’officiers généraux et de soldats en tenue de parade. « Un bataillon du 18e de ligne avec drapeau et musique, et précédé d’une délégation de douze hommes, chevaliers de l’ordre de Léopold, se range devant la façade du palais », rapportent Le Figaro et L’Express du Midi datés du 15 mai.

Celui que l’on surnomme le « roi soldat » et aussi le « roi chevalier » porte sa tenue de général avec son casque de guerre, qui n’est autre que le casque Adrian aux couleurs de l’outre-Quiévrain, une tête de lion remplaçant la grenade française. Albert Ier est accompagné par la reine, Élisabeth, née Élisabeth de Bavière (1876-1965), surnommée la « reine infirmière ». Malgré ses origines allemandes, elle restera toujours fidèle à la Belgique, apportant régulièrement son soutien aux soldats et blessés, fondant l’Orchestre symphonique de l’armée de campagne et transmettant des messages confidentiels de son époux aux autorités britanniques.

Leur fils, le prince Léopold, duc de Brabant, est mobilisé en 1915 comme simple soldat au 12e de ligne, à l’âge de 13 ans ! Le roi justifie le choix de cette unité : « Si j’ai choisi le 12e de ligne pour que mon fils y soit formé au métier des armes, c’est parce que ce régiment s’est distingué, entre tous, par sa vaillance, au cours de la campagne passée. »

Dans son discours, le Premier ministre, Léon Delacroix (1867-1929), rappelle que si les soldats ont tenu l’Yser en 1914, c’est parce que « le roi était au milieu d’eux ».

« Ils vous apportent, Sire », dit-il, « la croix de guerre, hommage spécial des vainqueurs à celui qui les a conduits à la victoire. Que le roi veuille bien accepter la croix de guerre comme l’hommage spécial rendu à ses efforts heureux pour avoir constamment maintenu sur le sol de la patrie, l’unité et l’homogénéité de l’armée »[1].

La bravoure du roi des Belges n’est pas à démontrer. Bien que neutre à l’entrée en guerre en août 1914, il refuse l’accès aux troupes allemandes qui attaquent la Belgique le 4 août. Le roi décide aussi de ne pas suivre le gouvernement en exil à Sainte-Adresse (Seine-Maritime). En 1918, il participe activement à l’offensive décisive déclenchée par Foch pour la conquête de la crête des Flandres (29 septembre) et la bataille de Torhout-Tielt (14-18 octobre) qui aboutit à la reconquête de Bruges.

Avant de remettre personnellement la croix de guerre au souverain, l’adjudant Meuris du 13e de ligne, affirme « tout le prix que l’armée attache à [cette] haute distinction ». Albert Ier, ému par ces paroles, répond que cette décoration a, pour lui, « un prix tout particulier par le fait même qu’elle m’est remise par les combattants qui ont donné héroïquement le meilleur d’eux-mêmes au service de la patrie ».[2]

L’adjudant épingle ensuite la croix de guerre sur la poitrine du souverain belge. La musique militaire entonne « La Brabançonne » et la cérémonie se termine par le traditionnel défilé des troupes.

[1] Le Figaro, 15 mai 1919

[2] Le Gaulois, 15 mai 1919

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