100.000, c’est un nombre facile à retenir. Ça marque les esprits. , chez Jean-Jacques Bourdin, le 2 novembre matin, annonçait, alors qu’on rentrait en confinement, que plus de 100.000 contrôles avaient déjà été effectués avec, à la clef, 5.000 verbalisations à 135 euros, soit 675.000 euros dans les caisses de l’État. Bon, à titre indicatif, la France s’endetterait de 2.665 euros par seconde, si l’on en croit le compteur de la dette publique. Faites le calcul : 675.000 euros, c’est l’équivalent, en gros, de quatre minutes d’endettement. Énorme. Sylvie Vartan et Carlos, c’était 2 mn 35 de bonheur. On progresse.

Deux semaines plus tard, sur France Info, le ministre de l’Intérieur annonce, cette fois-ci, 100.000 verbalisations depuis le reconfinement. Soit 13,5 millions d’euros dans les caisses. Là, c’est pas pareil. C’est l’équivalent d’environ 84 heures, soit trois jours et demi d’endettement. Colossal.

Mais cessons cette vision comptable et réductrice de l’action de l’État. C’est évident, on ne verbalise pas pour renflouer ses caisses mais pour sauver des vies. nous expliquait, à la veille du reconfinement, que la stratégie d’immunité collective engendrerait 400.000 morts supplémentaires. Traduction, pour les esprits simples que nous sommes : le gouvernement allait sauver 400.000 vies. Imparable.

Comme nous sommes en guerre contre le virus, on nous l’a dit et répété, on peut donc se lancer sur les chemins hasardeux et chaotiques de la comparaison : la Grande Guerre, c’est 1,4 million de soldats français tués au combat, durant les 1.562 jours de guerre, soit à peu près 900 morts par jour, l’équivalent d’un régiment actuel dans une armée qui en compte moins de cent. Imagine-t-on Clemenceau dire à l’Assemblée nationale, en janvier 1920, lorsqu’il quitta la présidence du Conseil : « Nous avons économisé près de 400.000 vies en signant l’armistice l’an passé » ? Absurde, évidemment.

Pour en revenir aux 100.000 verbalisations de Gérald Darmanin, « 12.000 dans les dernières 24 heures », a-t-il précisé. Dans une note adressée, lundi, aux préfets, le locataire de la Place Beauvau a demandé un renforcement des contrôles : après une « première phase de forte volonté d’explication et de nécessaire pédagogie […] il faut désormais que chaque Français prenne conscience de la nécessité de respecter strictement les règles de confinement ». « Chaque Français », « strictement ». C’est pourquoi, lorsqu’un préfet se fait pincer sans masque en train de prendre un café sur la voie publique avec le maire et d’autres élus, comme cela a été le cas, le 11 novembre, à Avignon, entre deux cérémonies, on se dit que la pédagogie est peut-être nécessaire mais pas suffisante. Le week-end du 7 novembre, Gérald Darmanin était vu en train de faire son footing à Tourcoing à plus d’un kilomètre de chez lui. Ce même Darmanin rejetait, toujours sur France Info, la proposition de certains de pouvoir aller courir dans les parcs et forêts à plus d’un kilomètre de chez soi. Cela me rappelle les propos récents d’un vieil adjudant-chef, ancien combattant d’Indochine et d’Algérie, me racontant ses guerres : « C’est facile de commander : il suffit de dire ‘‘Faites comme moi’’…»

Quant aux cathos, dans tout ça, gare à eux ! « Je ne souhaite pas envoyer des policiers verbaliser des croyants devant une église mais s’il s’agit d’un acte répété, je le ferai dès ce week-end. Il n’y aura plus de week-end de mansuétude », avertit Gérald Darmanin. C’est joli, le « week-end de la mansuétude ». À ne pas confondre avec celui du grand pardon. En tout cas, c’est là qu’on voit que nous avons un État fort et inflexible. Quelque part, c’est rassurant.

13 novembre 2020

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