Justice

Violences faites aux femmes : lettre ouverte d’une élue à Mme Schiappa


Conseillère municipale de Carpentras et conseillère départementale du Vaucluse

 

Madame le Ministre,

Le président de la République vous a nommée secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes mais vos interventions à répétition – à temps et à contretemps – sur la scène médiatique (et bientôt théâtrale) laissent plutôt à penser que vous vous êtes arrogée le droit d’être le ministre du féminisme dans ce qu’il a de plus caricatural. Ainsi, votre dernière saillie sur le « féminicide » atteint un niveau de ridicule que Molière n’aurait sans doute jamais osé imaginer. Pour tout vous dire, puisque nous sommes entre femmes, j’estime que vous desservez plus que vous ne servez la cause que vous prétendez défendre.

Vos propos sur la triste affaire Daval, je vous le dis sans détour, m’ont profondément choquée. De quel droit vous permettez-vous d’intervenir publiquement sur une affaire en cours, alors même qu’une ville, une région sont sous le coup d’une profonde émotion ? À l’incongruité de votre intervention, contre tous les usages, vous ajoutez en plus la preuve de votre incompétence en qualifiant, avant même que les faits aient été qualifiés par la Justice, un meurtre d’assassinat. En connaissez-vous, du reste, la différence ? J’imagine que oui, maintenant : vos conseillers ont dû probablement vous dispenser les précieux secours d’urgence juridique.

Puisque vous vous permettez de commenter une affaire judiciaire qui n’en est qu’à ses débuts, puis-je vous faire une suggestion ? J’en connais une que le Code pénal qualifie de « violences conjugales ». Les étapes de la garde à vue, de la mise en examen, du jugement en première instance et même du jugement en appel ont été franchies depuis de longs mois et l’on en est actuellement au stade du pourvoi en cassation. Donc, votre prise de position sur le cas que je vais vous soumettre sera infiniment moins « casse-gueule » que celle que vous avez prise sur l’affaire Daval.

Il s’agit du cas de M. Francis Adolphe, maire de Carpentras, ancien membre du Parti socialiste et, depuis l’an passé, ardent soutien de M. Macron. Il a été condamné le 28 juin 2017 (vous étiez déjà secrétaire d’État) en appel par le tribunal correctionnel de Nîmes à huit mois de prison avec sursis, condamnation assortie d’une privation pour cinq ans de ses droits civiques et familiaux, ce qui n’est pas rien, surtout lorsqu’on est le premier magistrat de sa ville, officier de police judiciaire et officier de l’état civil. Un pourvoi est en cours : du fait de vos fonctions gouvernementales, vous ne pouvez ignorer que la cour d’appel a statué souverainement quant aux éléments de faits, la Cour de cassation n’étant là que pour contrôler l’application de la loi. Je pourrais vous parler de l’effroi, qui a frappé les personnes de ma connaissance qui ont assisté au procès, à l’énoncé des faits et des circonstances de cette affaire dans laquelle M. Adolphe est impliqué.

Personne, à l’exception des élus du Front national dont je suis, n’a demandé la démission de M. Adolphe. Votre collègue au gouvernement, Mme Poirson, élue député de Vaucluse le 18 juin 2017, qui vous accompagnait encore récemment dans notre département lors de votre « tour de France de l’égalité femmes-hommes », garde un silence de vestale sur ce sujet.

Alors, madame le Ministre – c’est une femme, une épouse, une mère qui vous le demande -, s’il vous plaît, prenez la parole pour demander la démission de M. Adolphe de sa fonction de maire. Ou taisez-vous ! Cessez, en tout cas, ces longs et inefficaces monologues de diva en mal de notoriété. Quelques instants. Au moins par solidarité féminine…

Conseillère municipale de Carpentras et conseillère départementale du Vaucluse