Culture - Editoriaux - Musique - People - 13 avril 2018

Victime du chantage de la gauche ? Michel Sardou ne chantera plus…

C’est officiel : après un dernier concert donné ce jeudi dernier, à Boulogne-Billancourt, Michel Sardou met fin à cinquante ans de carrière. Bien sûr, si l’on était mauvaise langue – ce qui n’est absolument pas le genre de la maison –, on dirait bien que ladite carrière était finie depuis bien longtemps, sachant que son dernier tube, « Les Lacs du Connemara », remontait à 1982 ; soit trente-six ans, ce qui fait tout de même une sacrée paille.

Quoi qu’il en soit, Michel Sardou a raison. Et sans faire de mauvais esprit, on peut estimer qu’il était effectivement humain d’achever la carrière en question, surtout à en juger de récentes prestations scéniques plus que brinquebalantes. Avant ses adieux, il fait diffuser, dans la salle, les chansons de Frank Sinatra qui, lui aussi, mena quelques combats de trop. Michou, notre Frankie national ? C’est à croire. Logique : Michel Sardou a toujours été un grand modeste.

Peu importe car, finalement, son public lui est toujours demeuré fidèle. Pas rancunier, ce public… Surtout vis-à-vis d’une vedette qui évite de faire des rappels en concert et que ça « fait chier » de signer des autographes. Peu importe, disions-nous : il y a des Français qui aiment les chansons de Sardou. Je le sais, j’en ai même rencontré.

Ces chansons, d’ailleurs, ont jadis beaucoup fait parler d’elles. En 1967, il salue « Les Ricains ». « Si les Ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie, à saluer je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui. » Là, c’est le Scrabble® mot compte triple.

Un, il se met à dos les communistes, les trotskistes, les maoïstes et même le centre gauche. Deux, le général de Gaulle, furibard, « recommande » à l’ORTF de ne pas diffuser la chanson.

Eh oui, on se pince à le croire, mais il fut un temps où Michel Sardou suscitait la polémique dans les cénacles intellectuels. Car après « Les Ricains », « Les Villes de grande solitude », où il chante « J’ai envie de violer les femmes, de les forcer à m’admirer ». Sans qu’on puisse vraiment s’expliquer pourquoi, les féministes d’alors n’apprécient pas. Puis « Le Temps des colonies » et ses paroles controversées : « Autrefois à Colomb-Béchar, j’avais plein de serviteurs noirs. Et quatre filles dans mon lit, au temps béni des colonies. » Une fois encore, et ce, de manière tout aussi incompréhensible, la chanson n’est pas du goût de la gauche tiers-mondiste.

L’apothéose, c’est évidemment en 1977 avec « Je suis pour » ; pour la peine de mort, il va de soi. Avec un sens parfait du timing, le 45 tours sort en pleine affaire Patrick Henry, l’assassin d’un enfant de sept ans, Philippe Bertrand. Les neurones des militants d’extrême entrent aussitôt en surchauffe. Des comités anti-Sardou sont créés pour l’empêcher de donner ses concerts. On a les mobilisations et les débats qu’on peut. Ainsi peut-on lire dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire : « Le propre d’un chanteur comme Sardou est d’être parvenu à donner forme à une chanson réactionnaire, au sens fort du mot. Il exprime les effets de la crise des valeurs et de l’idéologie traditionnelle sur ceux qui ne sont pas prêts à remettre présentement celle-ci en cause. » Voilà qui coule de source, même si une traduction de ce texte en français n’aurait pas été de trop.

Pourtant, à rebours du délire ambiant, des artistes pourtant très à gauche – Maxime Le Forestier, Serge Reggiani et Bernard Lavilliers – choisissent de soutenir l’infortuné au nom de la liberté d’expression. Depuis, Michel Sardou n’aura de cesse de se faire pardonner d’être ce qu’il n’est pas, sachant qu’il assure « ne pas être l’homme de ses chansons. » La preuve en est qu’il a toujours juré, la main sur le cœur, « n’avoir jamais voté pour le Front national ». Nous voilà tous rassurés.

En attendant, il est très convaincant lorsqu’il chante les lacs.

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