Editoriaux - Santé - Sciences - Société - 8 novembre 2018

Recertification des médecins : mode ou nécessité ?

Une procédure administrative de plus.

Le comité de pilotage de la recertification des médecins sous le patronage du professeur Uzan a remis, ces jours derniers, au ministre de la Santé et à celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, un rapport sur la recertification des médecins afin, comme il est cité sur la page de garde dudit rapport, « d’exercer une médecine de qualité grâce à des connaissances et des compétences entretenues ».

On ne peut que se féliciter d’une telle démarche, cependant l’idée n’est pas nouvelle et, tel un serpent de mer, elle ressurgit périodiquement depuis les années 90, sans avoir cependant jusque-là réussi à attribuer un peu de gloire aux responsables de ces écrits ou aux ministres demandeurs.

Les médecins n’ont pas attendu d’avoir un cadre administratif imposé pour se recycler périodiquement et mettre à jour leurs connaissances, car c’est une obligation morale et déontologique. Si légiférer sur le sujet peut rassurer dans les chaumières, pourquoi pas, mais à défaut d’être novateur, ce rapport a de grandes chances d’aller rejoindre la masse des rapports inutiles qui encombrent les étagères du ministère.

Le but est cependant louable, il est nécessaire de posséder un corps médical performant et dont le niveau de compétence est élevé, mais il est peu probable que ce rapport fasse beaucoup évoluer une situation par ailleurs déjà satisfaisante.

Pour aboutir à une recertification, ce rapport (schéma en couleur à l’appui afin d’agrémenter d’une connotation technique le cheminement de la pensée créatrice ) s’appuie sur cinq axes :

– le premier touche à la formation et au perfectionnement du médecin tout au long de sa vie professionnelle, à l’aide d’une formation continue, qui peut se décliner sous différentes formes, ce qui est déjà le cas depuis plusieurs années.
– le deuxième point retenu est celui d’avoir une activité professionnelle maintenue, ce qui paraît logique.

Les trois autres axes de réflexion paraissent plus folkloriques :

– en effet, le troisième point abordé est celui de la relation médecin-patient qui devra chercher à privilégier des « pédagogies transformantes » (?).
– le quatrième stipule que, dans le dossier du médecin, il ne devrait pas y avoir de « signaux négatifs » tels que des condamnations civiles, pénales ou ordinales (ben oui !).
– enfin, le dernier point évoqué : le médecin devra attester d’une démarche volontariste pour prendre soin de sa santé et de sa qualité de vie (merci pour lui !).

Rien de bien novateur, donc, dans ce rapport qui, s’il est mis en application, obligera les médecins qui seront diplômés après 2021 à s’encombrer d’une procédure administrative de plus, qui ne changera pas grand-chose mais qui devrait rassurer nos élites administratives.

La recertification est dans l’air du temps, et on peut difficilement s’y opposer !
Espérons, simplement, qu’elle reste « l’affaire exclusive de la profession », comme le souhaitent les syndicats médicaux, même s’il ne s’agit que d’un gadget administratif.

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