Editoriaux - Justice - Politique - Société - 5 octobre 2018

Qui est le plus coupable : le gendarme ou le Président ?

Le procureur de Charleville-Mézières avait requis cinq mois de prison avec sursis et l’interdiction d’exercer et de porter une arme pendant cinq ans contre un gendarme des Ardennes. Finalement, le 3 octobre 2018, ce dernier était condamné par le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières à trois mois de prison avec sursis, six mois d’interdiction d’exercer et inscription de la peine au bulletin n° 2 du casier judiciaire.

Mais qu’avait donc fait de particulièrement répréhensible ce commandant de la brigade de Monthermé pour être ainsi sanctionné ? Il avait donné une gifle, et menacé un mineur de 14 ans.

Il est exact qu’un représentant de la loi ne devrait pas en arriver à pareille extrémité. Sauf que… la peine paraît disproportionnée et les circonstances de l’acte plaident pour cet adjudant-chef.

En octobre 2017, celui-ci reçoit un appel téléphonique de sa femme qui se trouve dans un supermarché, une bande d’une dizaine de voyous l’empêchent de déposer ses courses sur le tapis tout en l’insultant copieusement. Voulant défendre son épouse, notre pandore se précipite en voiture au supermarché, accompagné de deux collègues, la bande de voyous peu impressionnée est restée sur place et attend les forces de l’ordre.

Le sous-officier supérieur pénètre dans le magasin, saisit par le cou celui indiqué par sa femme comme étant le chef de bande, un mineur de 14 ans, et lui administre une gifle tout en l’avertissant : « Si tu insultes encore ma femme, je t’explose la tête ! » Seul problème : notre justicier avait oublié, tout comme le chauffeur de bus du Val-de-Marne il y a trois semaines, qu’en ce début de XXIe siècle, mettre une baffe à un gamin délinquant a un autre retentissement qu’il y a cinquante ans.

Certes, il aurait pu plaider coupable, ce qui lui aurait épargné un procès public, mais notre gendarme a de l’honneur. Pour lui, une telle procédure, tout en abrogeant le respect dû à son épouse, était une humiliation pour la gendarmerie.

Le procureur, lors de l’audience, enfonça le gendarme, targuant de son manque d’exemplarité et du fait qu’il s’était fait justice lui-même. À souligner que ce militaire de 53 ans, très bien noté, déjà sanctionné par sa hiérarchie d’une suspension de vingt jours, voit, par cette condamnation, un coup d’arrêt à sa carrière.

Mais comment actuellement promouvoir exemplarité et respect de la fonction lorsque le président de la République les bafoue lui-même en acceptant un « selfie » avec deux individus, torses nus, dont l’un fait un doigt d’honneur et l’autre sort à peine de prison ?

Qui est le plus coupable : le gendarme ou le Président ?

Comme l’écrivait Fontenelle, « le mauvais exemple des grands est contagieux aux petits ». Un dernier point : le chef du gang a-t-il été condamné pour ses actions punissables ? D’après la presse, il apparaît que non.

Rappelons qu’en 2002, l’adolescent à qui François Bayrou avait mis une taloche, pour avoir fouillé dans ses poches lors de la campagne présidentielle, avait été condamné à quatre mois de prison ferme.

Depuis quinze ans, les mœurs ont bien changé, la Justice condamne plus facilement un représentant des forces de l’ordre qu’un jeune délinquant.

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