Editoriaux - International - 12 mars 2019

Que cache l’interminable feuilleton du dernier réduit de Daech en Syrie ?

C’est une fin qui n’en finit plus. L’affaire devait durer quelques jours, voire quelques semaines, et elle traîne en longueur depuis plusieurs mois malgré les intenses bombardements américains. Les FDS (Forces démocratiques syriennes), ces combattants recrutés par les États-Unis et composés de Kurdes dans leur grande majorité, avancent plusieurs explications pour justifier le piétinement de leurs troupes devant ces deux misérables kilomètres carrés à reconquérir.

La principale est le nombre de civils vivant à Baghouz ou dans les tunnels creusés par Daech, et ses prisonniers. Ces civils se sont enfuis vers les lignes kurdes pour certains, mais la plupart ont été autorisés à rejoindre les FDS. Quelques centaines au début, par petits groupes, puis en nombre croissant. Certains jours, de très longs cortèges de femmes en noir accompagnées de nombreux enfants et d’hommes, sans identité pour beaucoup, se pressaient vers les troupes kurdes.

Aujourd’hui, les FDS estiment que ce sont près de 60.000 personnes qui ont ainsi quitté le territoire lilliputien de Daech, où ils mouraient de faim. Il a été beaucoup dit que l’État islamique se débarrassait ainsi de bouches inutiles. Voire !

Une autre thèse est également envisageable : il s’agit de permettre aux épouses et veuves de sauver les enfants afin d’en faire de futurs combattants islamistes. Les déclarations entendues sur de nombreuses chaînes de télévision ou de radio sont très éloquentes à cet égard. Quant aux hommes, ils n’étaient jamais des combattants mais affectés à des tâches manuelles et subalternes. Qui peut croire cela ?

Daech adapte, en fait, sa stratégie à sa défaite du moment : le califat est mort et à la notion de territorialité vont se substituer les combats clandestins, les coups de main et les attentats aveugles.

Les FDS ont également reconnu que de longues négociations avaient eu lieu pour la libération de prisonniers kurdes détenus par Daech ; en échange de quoi ? On sait que lors de la chute de Raqqa, la capitale syrienne de l’État islamique, plusieurs centaines de combattants islamistes ont été autorisés à partir vers Baghouz. Les Américains avaient tenté de s’y opposer, mais quand on fait faire le travail par les autres…

Un autre point retient l’attention dans cet étrange imbroglio : à l’automne, les FDS affirmaient qu’environ 2.000 combattants et leurs familles se trouvaient dans le dernier réduit de Daech. On en est à 60.000 ! Comment l’armée américaine peut-elle se tromper à ce point ? C’est un mystère mais, de ce fait, la gestion de tous ces prisonniers est impossible. Cela expliquerait la récente demande de Donald Trump concernant le rapatriement des djihadistes dans leurs pays d’origine. C’est un risque immense pour tous les pays concernés, mais les Américains font valoir que le risque de voir tous ces combattants disparaître dans la nature est plus grand encore.

Il est certain que les Kurdes ont bien expliqué qu’ils n’avaient pas vocation à jouer les gardes-chiourme du monde entier. Or, le camp de réfugiés qu’ils gèrent, à Al-Hom, est aujourd’hui saturé, avec 55.000 personnes. Qu’en faire ?

Le califat est mort, mais pas ses militants.

À lire aussi

L’illisible stratégie américaine en Syrie

Cette piteuse fin de campagne montre toutes les limites de la stratégie américaine. …