Editoriaux - Histoire - International - Médias - 3 février 2018

Non, la nouvelle loi mémorielle polonaise n’est pas une réécriture de l’Histoire !

Comme d’habitude quand il est question d’Histoire, les journalistes français ne ratent pas une occasion d’étaler leur ignorance. C’est ce qu’ils font aujourd’hui quand, de France 2 à Libération en passant par France Info, ils abordent la question de la nouvelle loi mémorielle, adoptée mercredi, par le Parlement polonais.

L’amendement à la loi mémorielle polonaise qui, comme la loi israélienne équivalente, fait de la négation ou la minimisation de la Shoah un délit passible de prison, ne fait qu’étendre ce délit de négationnisme ou révisionnisme à la négation d’une autre vérité historique établie : l’État polonais et la nation polonaise n’ont pas participé au génocide des juifs. Il n’y a pas eu d’État collabo en Pologne, pas de Vichy.

La Pologne ayant eu environ 6 millions de morts sur 35 millions d’habitants, dont 3 millions de juifs sur 3,3 millions, et dont plus d’un million morts dans les camps de concentration soviétiques, les Polonais ne sont pas beaucoup moins chatouilleux que les juifs en ce qui concerne leur statut de victimes mais aussi de nation ayant combattu le nazisme. L’amendement à la loi mémorielle polonaise a, justement, pour but de donner aux autorités un instrument pour lutter contre l’utilisation dans les médias – notamment allemands ! – de l’expression odieuse « camps de la mort polonais » pour parler des camps d’extermination allemands en Pologne occupée.

Ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu des Polonais pour massacrer des juifs (comme à Jedwabne) ou pour les dénoncer aux Allemands par antisémitisme et par appât du gain, mais ces Polonais ne sont ni l’État polonais ni la nation polonaise. Il importe de rappeler, à propos des quelques cas de massacres de la population juive par leurs voisins polonais, que ces événements sont survenus exclusivement dans la zone qui avait été occupée par l’URSS de 1939-41 et où, malheureusement, nombre de juifs avaient collaboré par conviction avec l’occupant communiste.

Mais il n’empêche que le seul État polonais qui existait pendant la Deuxième Guerre mondiale, c’était l’État clandestin dirigé par le gouvernement en exil à Londres et dont l’armée de l’intérieur (AK/Armia Krajowa), la plus grosse force de résistance armée en Europe face à l’occupant nazi, a fait transmettre en juillet 1943 à Churchill et Roosevelt un rapport sur le génocide en cours dans les camps d’extermination, en demandant aux Alliés de menacer l’Allemagne de bombardements massifs de ses populations civiles et de bombarder les nœuds ferroviaires par lesquels les juifs étaient convoyés. Les Alliés n’ont malheureusement pas considéré cela comme un objectif prioritaire. En Pologne même, les tribunaux de l’État clandestin condamnaient à mort pour trahison les Polonais qui avaient dénoncé aux Allemands des citoyens polonais de confession juive, et l’AK a mené à bien un millier environ d’exécutions de Polonais à ce titre. L’AK avait aussi une organisation consacrée à l’aide aux juifs. En Pologne occupée, celui qui aidait un juif se faisait exécuter avec toute sa famille, enfants compris, s’il se faisait prendre. C’est malgré tout la Pologne qui compte le plus de Justes parmi les nations honorées par l’institut de Yad Vashem.

La nouvelle mouture de la loi mémorielle polonaise n’empêche pas de dire, même si c’est faux, qu’une majorité de Polonais ont collaboré à la Shoah, et c’est pourtant ce que les critiques israéliennes lui reprochent par ignorance ou par mauvaise foi.

Mais c’est bien tout le problème des lois mémorielles : peut-on soumettre la réalité historique à des lois pénales ? Néanmoins, si les journalistes des grands médias français pensent que non, pourquoi ne s’en prennent-ils pas plutôt aux lois mémorielles françaises ?

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