Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 15 septembre 2018

Me Frédéric Pichon : « Dans le procès Méric, on a fait celui des idées, pas celui des faits »

Au lendemain du verdict de la cour d’assises qui a condamné à de lourdes peines deux des trois protagonistes du procès Méric (le troisième a été acquitté), Me Frédéric Pichon réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Le procès des meurtriers de Clément Méric vient de se terminer.
11 ans de prison pour Esteban Morillo, 7 ans pour Samuel Dufour, et l’acquittement pour Alexandre Eyraud.
Qu’avez-vous pensé du verdict ?

J’ai été un peu choqué par ce verdict. Il me semble quand même assez élevé compte tenu des circonstances. Je n’avais pas trop d’illusions sur la possibilité que la légitime défense soit retenue. A mon sens, elle aurait parfaitement pu et dû être plaidée. Elle ne l’a peut-être pas été suffisamment. Mais je ne fais aucun grief aux avocats de la défense qui ont fait un bon travail. Je crois tout de même qu’ils auraient dû pointer un peu plus lors des débats l’agressivité et la nature même des antifas qui ont un rôle évident dans ce drame.
On est dans un dossier dans lequel les personnes condamnées ont tout fait pour éviter cette bagarre.
Cela résulte notamment de l’audition des vigiles qui ont été cuisinés par l’avocat des parties civiles.
Il n’y a pas eu d’acharnement. Seuls deux coups ont été portés. Concernant le poing américain, il y a plus qu’un doute, il n’y a aucun élément. Selon les principes généraux du droit pénal, si un doute existe, il doit profiter au prévenu. On a en fait appliqué l’inverse, le doute a profité à l’accusation. J’ai l’impression qu’on a fait le procès des idées et non pas le procès des faits.

Il y a eu beaucoup de réactions suite à ce procès. Des internautes se sont émus de l’exceptionnelle sévérité de la justice. Tous les juristes seront d’accord. La loi a été appliquée stricto sensu, voire avec une rigueur dont la justice française ne nous avait pas habitués.

Même si ce n’est pas en France, un migrant a écopé de 8 ans de prison en Allemagne pour avoir tué une Allemande. Dans cette histoire, on est face à des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Voilà la vraie qualification. On voit bien que dès le départ c’était floué au niveau des qualifications.
J’étais dans ce dossier comme avocat de la petite amie d’Esteban. La première juge d’instruction était, me semble-t-il, assez correcte et impartiale. On lui a adjoint une deuxième juge d’instruction beaucoup plus politisée. Tout un contexte politique et idéologique a nui à la sérénité de l’instruction.
On ne peut pas dire que ce sont des juges qui sont aux ordres puisque ce sont des jurés d’assises, c’est à dire des citoyens élus comme vous pourriez l’être ou moi-même. Il y a toujours une part de hasard dans cette désignation. A priori ils n’ont pas eu beaucoup de chance de ce point de vue. On ne sait pas non plus quelle fut l’influence du président de la cour d’assises. Certaines influencent, d’autres laissent une certaine liberté. Je ne veux pas porter de jugement, car je n’ai aucun élément pour le présumer.
En tout état de cause, le verdict me paraît un peu sévère compte tenu des circonstances de ce dossier. Il n’y a pas eu d’acharnement. Il y a eu une agression initiale qui émane incontestablement de Clément Méric et de sa bande. Les accusés ont tout fait pour éviter la bagarre. Par conséquent, ce verdict me semble excessivement sévère. Je ne sais pas s’ils ont l’intention d’interjeter appel, mais à mon sens, cela mériterait un appel.

Hormis l’appel et un jugement plus clément, il ne semble plus avoir grand-chose à espérer.

S’ils ne font pas appel, ils pourront espérer une réduction de peine en détention. Mais avec une peine de 11 ans de prison, après avoir effectué 4 ans, il en reste encore beaucoup. Je ne laisserais pas passer cela. Même s’ils bénéficiaient de réductions de peine, retourner en prison alors qu’ils en étaient sorti, je ne sais pas comment il pourront faire pour se reconstruire par la suite.

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