Livre

Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos

de Christian Combaz

Écrivain
 

Nos peuples savent très bien que tout le monde ne peut pas rêver d’acheter un appartement au 47e étage donnant sur Central Park. C’est pourtant le rêve que nourrissent et que cherchent à faire partager chez nous les esprits faibles, des joueurs de tennis socialistes aux footballeurs musulmans, des acteurs de renom aux gendres des notaires de province.

La dernière mouture de cette humanité idéale promue par les magazines jusqu’à l’écœurement, programmée par la Banque internationale pour accéder à la course présidentielle française, c’est Emmanuel Macron. Macron, découvert, financé, « produit » par Henry Hermand, homme d’affaires richissime à sourire de dromadaire établi au Maroc, c’est la version Toy Story de l’Antéchrist. C’est le shérif Woody auquel il ressemble physiquement avec son long visage et son œil inquiet. On se demande pourquoi il n’a pas fait équipe avec Alain Juppé et Hervé Gaymard. Même costume, même langage, même formation, mêmes amis. Il n’a pas hésité, pour son clip de campagne, à aller chercher un peuple de France idéal, artisans, paysans, employés quinquagénaires, dans une banque d’images américaine sur Internet.

Le caractère interchangeable de cette nouvelle humanité ne pouvait pas trouver d’illustration plus grotesque. Or, il est extraordinaire qu’une sorte de mouvement inverse soit en train de se dessiner en Amérique, un peu comme à l’époque où les centurions romains devenaient chrétiens contre toute attente.

Un Américain précisément élevé à Central Park et vivant au 72e, dans le confort d’une fortune assise, juché au bord de la fosse commune des illusions européennes, est en train de les ranimer. On assiste au paradoxe saisissant d’un destin programmé pour gouverner de haut, sans quitter ses avions ni ses gratte-ciel, qui consent au contraire à descendre au rez-de-chaussée, à se pencher sur le destin des petites gens, sur leur sort de travailleurs pauvres bradés par le commerce international et le cynisme chinois. Il leur promet de les aider à se reprendre. En attendant, il humilie publiquement, non sans imprudence, ceux qui, dans nos vieux pays, obéissent à la secte religieuse des rentiers du pétrole, ceux qui dirigent partout les antennes des sociétés défiscalisées, ceux qui comptent leur salaire en centaines de kilo-euros. Ce Trump nous invite à débusquer partout les corrompus du mondialisme qui profitent de la chute des frontières pour commercer dans notre dos avec les tortionnaires et les coupeurs de tête.

Pour la commodité de la démonstration, on peut encore citer Pierre Bergé.

Voilà un homme qui peut se permettre de défendre les homosexuels à Paris, leur mariage, leur procréation sur catalogue, mais qui vit au Maroc où les homosexuels sont jetés en prison sur dénonciation pour un simple baiser. Il explique à la télévision française que c’est normal, car chacun a ses usages. L’essence même du libéralisme sans morale est là : si les indignations font vendre, elles sont les bienvenues. Dans le cas contraire, on les appelle populistes.

Nul ne sait ce qu’il adviendra des intentions du fameux Trump. L’amitié qu’il prétend avoir pour les peuples offensés n’est peut-être qu’un avatar de plus du cynisme américain. Mais au moins le coup de semonce aura-t-il été ressenti partout, et surtout en France.

Il était temps. Les esprits instinctifs, sincères et sans calcul finissaient par se demander pourquoi, depuis quarante ans, ils ont développé une conduite survivaliste face aux animaux à sang froid, aux hommes politiques « profondément républicains » qui vendent leur âme aux commissaires européens et pourquoi, malgré les accusations d’extrémisme, la pauvreté qui les a suivis, leur carrière qu’ils ont compromise, ils sont restés debout sous l’outrage.

Pour ma part, j’ai compris. À l’exemple de ces personnages d’un film célèbre de Spielberg qui se sentent attirés par une montagne du Nouveau-Mexique et qui dessinent, inlassablement, le relief où ils sont programmés pour accueillir les extraterrestres, nous nous attendons à voir débarquer une escadrille de vérités irréfutables à propos du continent qu’ont bâti nos pères. Dans mon cas, c’est à propos de l’héritage de ma famille savoyarde, respectueuse des valeurs dans lesquelles elle a été élevée, mais qu’elle ne reconnaît plus nulle part. C’est à propos de la trahison dont notre pays est victime de la part de cette France des Bronzés qui nous a imperceptiblement livrés au tiers-mondisme obligatoire, à l’argent-roi et à la clique des parvenus de Neuilly-sur-Seine.

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