Société - 10 octobre 2018

« Le droit au bonheur » de Marc-Olivier Fogiel supplante-t-il le droit français ?

Feue ma grand-mère possédait une collection encyclopédique de Paris Match, rangés à côté des Point de Vue, tout là haut dans les cabinets, comme elle disait, au fond du couloir. Il fallait se mettre sur la pointe des orteils sur la lunette et s’accrocher à l’étagère, risquer mille fractures et autant de bains de pieds dans la cuvette, pour arriver à en extirper un exemplaire. Ils étaient si serrés, les pauvrets, Parfois c’est toute la pile qui dégringolait, et Grâce Kelly, entourée de ses bambins, ou Brigitte Bardot en corsaire vichy (c’est ma grand-mère, elle ne date pas tout à fait d’hier, autant dire qu’on parle là d’incunables), venaient choir gracieusement à nos pieds.

Ma grand-mère a trépassé, les temps ont changé. Sur la dernière couverture de Paris Match, ce titre : « Marc-Olivier Fogiel, ma famille, mon combat, avec François, Mila et Lily, on a droit au bonheur ». Ils sont accroupis dans l’herbe, au jardin du Luxembourg, « après les balançoires », les fillettes sur les genoux de ceux qui se revendiquent leurs pères.

Oui, Marc-Olivier Fogiel, est aussi ici. On se demande, du reste, où il n’est pas ? Cela s’appelle un plan média rondement bien mené. Chapeau Maestro ! Bientôt sans doute, le trouverai-je dans Cuisine actuelle (Ma dînette du dimanche soir avec Mila et Lily), Art & Décoration : (Optimiser les espaces dans la chambre de Mila et Lily), Mon Jardin & ma maison (Planter des tulipes pour le printemps avec Mila et Lily), Santé Magazine : (Comment prévenir les rhumes de la rentrée de Mila et Lily ?), Picsou Magazine (le journal préféré de Mila et Lily)… qui résisterait à ce pilonnage de l’émotion ?

Le seul journal où il n’est pas, enfin je veux dire où la GPA n’est pas, car évidemment, c’est pour elle et rien que pour elle que l’on fait cela, c’est… le Journal officiel. Parce que figurez-vous que Marc-Olivier Fogiel, en dépit des apparences, ne détenant pas le pouvoir législatif entre ses mains, l’affaire n’est pas encore pliée. Ce n’est qu’une question de temps, peut-être, mais ce n’est pas encore fait.
C’est un détail qui n’a semble-t-il pas effleuré les rédactions qui en font, de facto, la promotion.

Son droit à lui n’est pas le droit français mais le « droit au bonheur ».

Un essai récent a fait grand bruit, il s’appelle Happycratie, mais parle en fait d’happyctature. Les auteurs, Edgar Cabanas, docteur en psychologie, et Eva Illouz, sociologue, y dénoncent ce « pouvoir par l’injonction au bonheur ». Le bien être désormais supplante le bien faire. Et tant pis si son propre bonheur fait le malheur des autres.

Ma grand-mère reléguait ces journaux dans un endroit bien trivial. Quand on les voit ainsi, s’asseoir sans complexe sur la loi, on se dit que celui-ci n’était pas si mal choisi.

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