Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 4 décembre 2018

José Maria Ballester : « Le parti Vox n’est pas un parti d’extrême droite »

En Espagne, le parti Vox, qualifié d’extrême droite, fait son entrée au Parlement autonome d’Andalousie avec 12 députés, dans une instance qui en compte 109. Analyse du journaliste espagnol José Maria Ballester.

Grande première en Espagne, le parti Vox rentre au parlement andalou.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est cette droite, car pour les médias français, cela donne : ‘’l’extrême droite est entrée en force en Andalousie’’ ?

Le PP est le parti populaire. C’est l’équivalent espagnol des Républicains. C’est un parti qui a été au pouvoir pendant 8 ans avec José Maria Aznar entre 1996 et 2004 et avec Mariano Rajoy entre 2011 et 2018.
Ensuite, Vox est un parti à la droite du PP qui a été créé par d’anciens militants du PP, notamment son chef, Santiago Abascal. Député au parlement régional basque pendant de longues années, il avait fondé Vox en 2014 devant la dérive centriste, droite molle et complexée du PP de Rajoy. C’est un parti à la droite du PP, mais qu’on ne veut pas qualifier d’extrême droite. C’est un parti qu’on pourrait qualifier de Manif pour Tous sur le plan sociétal, de conservateur sur le plan patriotique, de libéral sur le plan économique. Il veut mettre à la porte les immigrés clandestins et veut en finir avec les régions. Ce dernier point est le point le plus polémique, car il n’est pas prêt d’y parvenir. Ce n’est pas un parti d’extrême droite. Il n’y a par exemple pas au sein de sa direction des anciens de Fuerza Nueva qui était la formation des nostalgiques du franquisme.
Je vous rappelle aussi que Santiago Abascal est né en 1976, soit un an après la mort de Franco. Il fait donc partie d’une génération qui n’a rien à voir avec le franquisme.
Il est issu d’une famille basque qui a été pourchassée, poursuivie et persécutée par l’ETA pendant très longtemps. Les terroristes ont détruit le commerce familial des Abascal il y a plusieurs années. Lui-même a été entouré de gardes du corps pendant très longtemps. Il sait ce qu’est le combat politique. Ce qu’on lui reproche, c’est de n’avoir fait que de la politique depuis toujours. Il n’a jamais travaillé dans une entreprise. Il n’a jamais eu un travail productif. Ces dernières années, il a vécu d’un salaire que lui payait Vox.


On parle bien du parlement andalou, c’est-à-dire un parlement régional. Mais cela peut-il donner des indications sur la future évolution de la politique espagnole ?

Il est évident que c’est sérieux avertissement pour monsieur Sanchez. Sa manœuvre consistait à prendre le pouvoir après une motion de censure et ensuite à profiter des leviers du pouvoir pour écraser la droite et s’installer durablement. Notez que monsieur Sanchez a oublié la promesse faite lors de son élection d’organiser des élections. Toute l’opération séduction à laquelle il s’est livré depuis 6 mois, c’est-à-dire depuis qu’il est Premier ministre, s’est soldée par un échec.
Madame Diaz, présidente sortante de l’Andalousie était sa rivale au sein du parti socialiste, mais ces dernières semaines, au cours de la campagne électorale et même avant, ils étaient très unis. C’est donc un camouflé et un désaveu. Ce n’est pas tellement la droite qui s’est mobilisée, mais les électeurs de gauche qui sont restés chez eux. Dans les zones rurales de l’Andalousie, des fiefs du parti socialiste, l’abstention a été très élevée.


Peut-on envisager que l’élection de Pedro Sanchez n’est finalement qu’une parenthèse et pourrait permettre au parti populaire, nouvelle formule plus conservatrice, de revenir ?

Paradoxalement, hier en Andalousie, le parti populaire a obtenu le plus mauvais résultat de son histoire avec le parti socialiste. Il a perdu des voix sur sa droite avec Vox dont on vient de parler et aussi sur son aile gauche avec le parti centriste, Ciudadanos.
Je crois que le leader de Podemos, la formation communiste, Pablo Iglesias a raison lorsqu’il dit qu’il n’y aura plus de majorité absolue en Espagne avant longtemps. Il faudra arriver à des accords de gouvernement.

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