Editoriaux - Polémiques - Société - 1 octobre 2018

Emmanuel Macron et le doigt de déshonneur

C’est étrange à dire et à écrire, mais ce lundi matin, c’est moi qui ai honte. Honte de vivre dans un pays où la lâcheté, la bêtise, la veulerie, le mensonge, la trouille sans doute, font que nos « élites » sont prêtes à accepter n’importe quoi et, pire encore, à le justifier.

Macron veut jouer les potos, donne des claques qu’il croit viriles dans le dos des jeunes « en devenir », balance des ouesh ouesh dans les cages d’escalier, colle sa chemise blanche à la sueur âcre des corps bodybuildés en zonzon… Et puis, embarqué par l’émoi qui le chatouille, grisé par tant de mâle audace, le Président pose, gringalet tout sourire entre deux jeunes gens très bien sous tous rapports. L’un met les doigts en fourche. L’autre fait un doigt d’honneur. Explicite. Orienté. Il n’y a pas à s’y tromper : il désigne, sans doute possible, monsieur Emmanuel Macron, président en exercice de la République française.

Ah, les braves petits. La bonne blague. Ils sont très fiers, les p’tits jeunes de Saint-Martin. Ont aussitôt mis le cliché en ligne. La Martinique a ses héros, viva Zapata !

Allez savoir pourquoi, il y a des gens que cela indigne. Des esprits chagrins, assurément, qui ne comprennent rien à l’enthousiasme de la jeunesse ultramarine. Marine Le Pen, par exemple, qui a tweeté ce commentaire : « On ne trouve même plus de mots pour exprimer notre indignation. La France ne mérite certainement pas cela. C’est impardonnable ! » Ou encore Robert Ménard : « Il ne reste quasiment rien. Que des lambeaux de dignité qui se perdent dans la nuit de la vulgarité. Le costume de Président est devenu bien trop large. »

Et que croyez-vous qu’il arriva ? C’est Le Pen qu’on accusa. Pour commencer.

Marlène Schiappa, dont la finesse est le plus sûr rempart présidentiel, y est allée aussitôt de sa tirade (sur RTL) : « Les commentaires de Marine Le Pen n’ont aucun intérêt. Elle est leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite. Ce qui la choque, ce n’est pas que le Président pose à côté d’un jeune, c’est la couleur de peau de ce jeune. Soyons très clairs. »

Ce qui est très clair, aveuglant même, c’est l’imbécillité de ce commentaire. L’analyse au ras du gazogène, la reductio ad hitlerum qui, chez Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, sert en tout et pour tout de réflexion. C’est pourquoi, au cas où l’on n’aurait pas bien saisi, elle enfonce le clou de girofle : « À chaque fois que le Président pose avec des personnes de couleur noire, Marine Le Pen s’offusque. Donc, cela n’a pas grand intérêt. »

Je vais me répéter et j’en suis désolée : j’ai honte. Honte pour mon pays. Honte de voir que des jeunes à peine sortis de prison sont félicités comme des héros, honte qu’on feigne d’ignorer leur geste obscène adressé au Président pour vouer aux gémonies ceux qui le dénoncent.

À l’inverse de son ministre, Macron n’est pas idiot. Il est juste comme un chien fou qui s’émoustille et s’ébroue, tout à la fête d’avoir de nouveaux potes. Pense qu’il va se faire un « meilleur ami » dans l’escalier H de la Tour B2 comme un premier de la classe, bien dressé, file son portable aux racketteurs sans même qu’ils le demandent. Syndrome de Stockholm, quand tu nous tiens…

« J’aime chaque enfant de la République, quelles que soient ses bêtises (sic), parce que bien souvent, parce que c’est un enfant de la République, il n’a pas choisi l’endroit où il est né », a justifié le Président lors du point presse. « On ne tirera rien des discours de haine. Marine Le Pen n’est pas avec le peuple. Marine Le Pen, c’est l’extrême droite, et l’extrême droite, ce n’est pas le peuple. Je suis président de la République et je ne laisserai à personne le peuple », a-t-il ajouté.

Eh, Emmanuel, regarde bien la photo avec tes nouveaux potes : t’as vu ce qu’il te dit, le peuple ?

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