1 juin 2018

Colonel Beltrame : la plaque de la discorde à Montfermeil

Nous l’avons compris depuis bien longtemps : il est inutile que Michel Houellebecq se fatigue à écrire le deuxième tome de Soumission, celui-ci est livré en feuilleton scrupuleusement chaque matin dans la presse quotidienne, telles, jadis, les œuvres de Maupassant.

Le dernier épisode, pour rester dans le style des Contes de la bécasse, pourrait s’appeler « La plaque du colonel Beltrame ». Le décor en est la petite ville de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), avec son conseil municipal et, comme au XIXe, ses guerres picrocholines.

On croyait qu’autour du drame de Trèbes, l’unité nationale avait été retrouvée. L’idée de rebaptiser le parvis de la mairie « Parvis Colonel-Arnaud-Beltrame, officier de gendarmerie, 1973-2018, mort en héros, victime du terrorisme islamiste » n’aurait donc dû inspirer, dans le recueillement général, que murmures d’approbation. Penses-tu. Au moment de la délibération, trois élus Front de gauche ont quitté la salle, très fâchés. En mentionnant « la notion de terrorisme islamiste dans la délibération sur la stèle, le maire poursuit ses provocations et inscrit dans le marbre sa vision de la guerre de religion », dénoncent-ils dans un communiqué.

Diable. Il ne faudrait donc pas préciser comment est mort le colonel Arnaud Beltrame ? Mais alors, si les circonstances de sa disparition n’ont, somme toute, aucune importance, pourquoi rebaptiser le parvis de ce nom-là ? Pourquoi tous les braves gens récemment décédés, d’un infarctus ou d’un cancer du poumon, n’auraient-ils pas le droit, aussi, à leur parvis ?

Angélique Planet-Ledieu, conseillère municipale au prénom si bien trouvé, précise candidement sa pensée (Le Figaro) : c’est « d’abord le contexte de Montfermeil qui explique notre opposition. Celui d’un maire [Xavier Lemoine] qui ne cesse de stigmatiser les musulmans dans ses propos, comme Robert Ménard […] dans le terme islamiste, on entend d’abord islam. » Las, comment prétendre le contraire ?

Alors, que faire ? Taire les faits, peut-être ? Car il y a, pour la gauche, pire qu’une fake news : une true news qui n’arrange personne et que l’on voudrait glisser discrètement sous le tapis. Help, please, oh, oh ! Oui, vous, le gouvernement ! Vous n’auriez pas un petit projet de loi de derrière les fagots qui permettrait de régler leur sort, aussi, aux vérités si clairement mal intentionnées ? Ce serait tellement beau !

Sous la houlette sagace de la marquise (que la vérité) Dérange, la phrase deviendrait donc « mort en héros, victime du terrorisme », bienveillante ambiguïté qui, évidemment, tromperait son monde, l’infâme assassin pouvant aussi bien être, comme on s’en doute, un mormon radicalisé, financé par l’émirat de Salt Lake City, qu’un témoin de Jéhovah fanatisé, lassé de se faire claquer la porte au nez sur tous les paliers.

On cherchait, justement, quelqu’un pour camper le rôle de la bécasse. Le conte est donc ficelé. Le seul souci, hélas, étant qu’il s’agit, comme tous les jours, d’une histoire vraie.

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