Economie - Editoriaux - International - 4 novembre 2018

Allemagne : le jackpot grâce à la crise grecque

Bingo ! Ni Mme Merkel, ni son ex-ministre des Finances, le sinistre Schäuble, n’en ont pipé mot, et pour cause : l’Allemagne a décroché le jackpot grâce à la crise grecque entre 2010 et 2017. Il aura fallu qu’un député des Verts allemands ne soulève le lièvre pour que le successeur de M. Schäuble en convienne : les bénéfices liés aux intérêts de la dette grecque ont avoisiné les trois milliards d’euros thésaurisés à la Bundesbank, avant de venir renflouer le budget fédéral.

« Contrairement à tous les mythes de droite, l’Allemagne a massivement tiré profit de la crise en Grèce. Le gouvernement allemand doit cesser d’alimenter le budget allemand avec des milliards issus des intérêts de la dette grecque »,

a déclaré Sven-Christian Kindler, porte-parole des Verts pour la politique budgétaire au Bundestag.

L’Allemagne se révèle être l’un des principaux bénéficiaires de la crise grecque. EURACTIV, l’excellent réseau sur le Net des médias européens, en donne les chiffres : les bénéfices générés pour l’Allemagne par le Programme pour les marchés de titres (SMP) s’élèveraient, au total, à 3,4 milliards d’euros. « Toutefois, en 2013 et 2014, Berlin a transféré respectivement 527 millions d’euros et 387 millions d’euros au mécanisme européen de stabilité (MES), ce qui signifie que le bénéfice net pour l’Allemagne s’est élevé à 2,5 milliards d’euros. » À cela s’ajoutent, précise encore EURACTIV, les intérêts des prêts de la Banque de développement allemande KfW à la Grèce, qui ont engrangé 400 millions d’euros supplémentaires, portant les gains de la crise de la dette grecque à la somme rondelette de 2,9 milliards d’euros dont Athènes n’a jamais vu la couleur.

À la fin de l’été dernier, les dirigeants européens avaient validé la sortie de la Grèce du plan de sauvetage, en louant sans vergogne ni pudeur « les efforts et les sacrifices des Grecs » ainsi que (merci patrons) « la solidarité » des Européens lors de la crise de la dette. Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer : en 2012, l’Eurogroupe n’avait-il pas laissé entendre que les intérêts perçus sur la dette grecque – environ huit milliards, tous pays confondus – seraient rétrocédés au pays ? Cette même promesse a été réitérée, fin août de cette année, par le nouveau ministre des Finances allemand dans une interview au quotidien grec Ta Néa, jurant ses grands dieux que « personne ne veut profiter de la crise grecque ». Paroles, paroles ? « Athènes, ma sœur Athènes, ne vois-tu rien venir ? » Et la sœur Athènes de lui répondre : « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. »

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