Document - Editoriaux - Justice - Presse - 9 avril 2018

ZAD : on dégage !

La bonne presse se plaît à rappeler, sinon à célébrer – quoique ! -, les cinquante ans de Mai 68. L’actualité se charge pourtant, avec une étonnante coïncidence, de rafraîchir nos mémoires tout en excitant nos sentiments. Notre ressentiment !

Notre-Dame-des-Landes et les campus bloqués sont aujourd’hui les « zones franches » des contestataires, anars et irréductibles, où ne s’appliquent pas les règles démocratiques auxquelles doivent se soumettre les citoyens du reste du territoire national.

Pourtant, constatons que la République s’abrite derrière le droit pour ménager la tribu des rebelles et autres trublions. Pour les gentils « squatters » écolos des domaines ruraux et vertes prairies, elle a argué de la trêve hivernale, ce qui ne laisse pas d’étonner, délai qui leur a laissé le temps de consolider leurs petites entreprises en autogestion en même temps que leurs barricades. C’est le bon droit qui protège tous les accapareurs illégaux contre les propriétaires spoliés !

À Tolbiac et dans les autres nombreuses universités agitées, même scénario. Selon la loi, le blocage représente une “entrave à la liberté d’aller et venir dans un lieu public”. Et pourtant, la Justice requise par un syndicat étudiant, l’UNI, a rejeté sa demande d’intervention pour faire libérer les lieux.

Marianne est frileuse en ce début de printemps maussade…

Certes, laissant aux groupuscules retranchés le temps de préparer leur défense, le gouvernement a enfin déclenché, ce lundi matin, le dégagement de la célébrissime ZAD. À dix contre un, les forces de police ont la mission d’extirper les forcenés en ayant grand soin de ne point commettre de charges et manœuvres pouvant provoquer des victimes, car les vertueuses associations des droits de l’homme ne manqueraient pas de dénoncer des actes illégitimes, voire barbares, que la Justice sourcilleuse enregistrerait illico pour placer sans délai la requête dans sa balance au fléau un peu gauche.

Pour preuve ou bien pire, l’avocat des précédents zadistes de Sivens, au patronyme Dujardin joliment prédestiné, déclare – rapporté par un journal objectif et documenté, L’Humanité – que l’expulsion entamée ce lundi 9 avril est illégale. Selon elle, “la situation de Notre-Dame-des-Landes mérite, vu les années d’occupation, les activités créées, les projets alternatifs proposés mais aussi l’échec de telles opérations à Sivens, que l’État fasse preuve de discernement et de raison”.

Elle a raison. Avec le temps comme complice, les occupants de ce territoire ont acquis un droit de propriété qui doit leur être reconnu par acte légal ! Plein d’idées et de dynamisme démontrés avec leur excellente pugnacité, ces aimables contributeurs à l’essor local feraient fleurir des entreprises non polluantes qui pourraient nourrir modèle pour d’autres territoires…

L’exemple d’autogestion coopérative, concept mal géré en d’autres temps en divers pays étrangers, pourrait s’exporter comme savoir-faire avec le beau label « Made in France » et un logo séduisant rappelant l’irréductible petit village gaulois, déjà célèbre au-delà de nos frontières !

En revanche, pour revenir aux universités, on ne voit pas bien ce que les grévistes bloqueurs d’amphis pourraient faire pousser de nouveau sur les bancs. Surtout pas l’édition nouvelle d’un dictionnaire de la langue française, si l’on se réfère aux dernières déclarations écrites par le syndicat UNEF contre le nouveau système de sélection. À moins qu’il ne s’agisse d’une version moderne de l’espéranto ?

Fort heureusement, le Président devrait éclairer nos lanternes sourdes dès jeudi prochain…

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