« Je participerai à ce congrès… Ce congrès, c’est la seule solution d’avoir le plus vite possible un seul candidat de la droite et du centre. » Lundi soir, au JT de TF1, Xavier Bertrand, qui a quitté Les Républicains en 2017, créait la surprise (toute relative) : il sera « candidat à la candidature » du parti.

Soupirs de soulagement chez les caciques LR qui, avec l’arrivée fracassante de la météorite Z, voyaient avec une quasi-certitude leurs maigres chances d’arriver au second tour partir en fumée. Et tous de louer « le changement d’avis salutaire » de Xavier Bertrand (Geoffroy Didier), « une décision courageuse » (Éric Ciotti), « sage » (Constance Le Grip), « bravo à pour sa décision responsable », conclut Julien Aubert, cité par Le Figaro.

On peut aisément imaginer les raisons d’une telle reddition. Si Xavier Bertrand, qui semble bénéficier du meilleur sondage par rapport à ses concurrents LR, est « le seul de droite à pouvoir gagner cette élection présidentielle » et que, toujours selon son porte-parole Pierre-Henri Dumont, « pour rassembler les Français, il faut d’abord rassembler sa famille politique », l’argument financier a évidemment joué. S’il est désigné par un congrès, sorte de primaire fermée réservée aux adhérents du parti, il pourra bénéficier de l’appareil militant et des 10 millions d’euros nécessaires à la campagne.

Il devra, pour cela, affronter Michel Barnier, dont le masque « souverainiste » dont il a cru bon de s’affubler, ces derniers temps, face au succès d’Éric Zemmour, vient de tomber à l’occasion de la rébellion polonaise. Mais aussi Valérie Pécresse, Philippe Juvin et Éric Ciotti. Beaucoup, sauf Éric Ciotti, sont largement macron-compatibles, plus proches d’un centre droit bourgeois et « éclairé » (comprenez progressiste) que d’une droite assumée – même si Éric Ciotti appelait, toute honte bue et après avoir joué le matamore, à voter contre Thierry Mariani aux dernières régionales.

Xavier Bertrand, après avoir à toute force espéré une candidature solitaire et triomphante, après avoir déclaré au Figaro, le 30 septembre dernier – il y a moins de deux semaines : « Si un congrès de rassemblement a du sens, un congrès d’affrontement nous replongerait dans les divisions de la primaire de 2016. Plutôt que de s’opposer les uns aux autres, je propose aux autres candidats que l’on se rencontre très rapidement, avant le 13 octobre », a donc dû composer avec la réalité, à savoir une absence totale de dynamique. En clair, il ne « décollait » pas.

Pourtant, le parti LR aurait dû avoir un boulevard devant lui : selon un sondage Odoxa Backbone Consulting, pour Le Figaro, 63 % des Français pensent qu’aucun candidat de gauche n’est en mesure de gouverner le pays. Et aujourd’hui, aucun candidat de la gauche ne perce véritablement : ils ne se sont toujours pas remis de l’OPA menée en 2017 par Emmanuel Macron sur l’ensemble de la gauche française, PS compris.

Or, Les Républicains ont peu ou prou connu le sort du Parti socialiste : le ralliement de certains membres de ce parti au gouvernement, dont un ancien Premier ministre et le ministre de l’Intérieur actuel, fut un coup de génie de Macron. La réaction la plus naturelle aurait été de mener alors, face au gouvernement d’Emmanuel Macron, une opposition franche qui ne se résume pas à des amendements vétilleux portés dans d’obscures commissions parlementaires.

Ils en ont été incapables et ont ainsi laissé le champ libre de l’opposition à Marine Le Pen et, évidemment, à Éric Zemmour.

Celui qui sera désigné par le congrès LR devra trancher le nœud gordien : s’ancrer au centre au risque d’une dilution totale dans la Macronie, ou pencher clairement à droite… et répondre ainsi à la base du parti souvent bien plus à droite que ses dirigeants. La récente sortie de Gilles Platret sur « l’épuration ethnique » des quartiers et, surtout, la réponse de Damien Abad, patron des LR à l’Assemblée nationale, qui l’a vertement désavoué, illustrent parfaitement cet écartèlement : « Je dis à ma famille politique que ce n’est pas en faisant des clins d’œil ou des appels du pied à Eric Zemmour ou Mme Le Pen qu’on attirera les électeurs à nous. »

Sauf que, selon un questionnaire réalisé par le collectif Droite pour la France, constitué des membres des Républicains, à la question « quel candidat pour la droite en 2022 ? », 64,11 % ont répondu… Éric Zemmour ! L’Opinion, qui relaye cette information, donne les autres chiffres de ce questionnaire (qui n’est pas un sondage) : Michel Barnier obtient 16,98 % de réponses favorables, et Valérie Pécresse 3,51 % et Éric Ciotti 2,51 %.

En quatre ans et demi de présidence Macron, incapables de retrouver un discours de droite et d’opposition pour ne pas faire le jeu de qui-vous-savez, Les Républicains semblent n’avoir rien appris, rien compris.

Le succès fulgurant d’Éric Zemmour montre que ça commence à se voir…

 

 

 

12 octobre 2021

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