Editoriaux - Polémiques - Religion - 18 octobre 2019

Voile islamique : sous le foulard, une vraie pantalonnade !

Nous sommes dans un temps où tout s’accélère, se bouscule, se retourne et se renverse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Ajoutons à cela que chacun se veut plus victime que son voisin, revendique le statut de minorité opprimée au moindre regard étonné et réclame vengeance, quand il ne l’applique pas lui-même. À l’évidence, nous sommes de grands malades !

La preuve par cette histoire de foulard qui prend une ampleur délirante et dont la « victime » est instrumentalisée à l’envi.

Rappelons donc ce que nul, aujourd’hui, ne saurait ignorer pour peu qu’il écoute ou lise les actualités : Mme Fatima E. a été prise à partie par un élu RN lors d’une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne-France-Comté, lequel élu voulait à tout prix lui faire retirer son foulard. Il s’en explique ainsi : « Après l’assassinat de nos quatre policiers, nous ne pouvons pas tolérer cette provocation communautariste. »

Les jours passant et la polémique enflant jusqu’au sommet de l’État, la malheureuse « a accordé une “interview” au Collectif contre l’islamophobie, qui a relayé ces propos sur son site », écrit Le Parisien,, propos, donc, aussitôt relayés par la presse qui en fait les gros titres. En illustration, cette photo qui a fait le tour des réseaux sociaux : la mère, visage magnifique sous le voile noir, qui prend dans ses bras son fils vêtu de rouge. Beau cliché. Où l’on voit, d’ailleurs, que le foulard n’est pas tout à fait un dérivé de carré Hermès et que cette dame est très bien drapée de noir.

Mater dolorosa ? Pire que cela : « Ils ont détruit ma vie », dit-elle. Carrément. La Vierge des douleurs qui pleure la mort de son fils est moins radicale.

On peut penser, en effet, que Fatima E. est une victime. Victime, assurément, d’une manipulation désormais bien orchestrée et qui, in fine, donnera raison à l’élu Julien Odoul dénonçant « une provocation communautariste » puisque cette dame annonce, aujourd’hui, « par la voix de son avocate (sic) », porter plainte auprès du parquet de Dijon pour « provocation publique à la haine raciale par des élus » et « violences commises en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique sur mineur et majeur à caractère raciale (sic) ».

Maître Sana Ben Hadj Younes est rompue à ce type de dossier, comme elle l’écrit sur son profil LinkedIn : « J’interviens essentiellement dans le domaine du droit public et plus particulièrement en droit des étrangers mais aussi dans le domaine du droit pénal. »

L’axe de défense de sa cliente est clair : « Ma cliente a été humiliée, son image a été diffusée partout, elle est très marquée et son fils voit un psychologue », a-t-elle déclaré à l’AFP. Elle ajoute : « Ce n’est pas qu’une question de laïcité, mais de racisme. On tente d’exclure les musulmans de la République. Sans elle, cette sortie scolaire ne pouvait pas avoir lieu, il n’y avait pas d’autres parents qui ont pu se rendre disponibles. »

Reçue aussitôt par Jean-Jacques Bourdin, l’avocat précise ainsi les termes de la première plainte qui sera déposée jeudi : pour « violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique en raison de l’appartenance de la victime à une religion déterminée ». Elle reconnaît aussi que c’est le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) qui « oriente les citoyens » vers des avocats compétents.

Mais on aurait tort de penser que tous ces braves gens tirent les ficelles, dit Me Sana Ben Hadj Younes, car Fatima E. cherche simplement à « être reconnue dans son statut de victime ».

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