Dans un reportage daté du 22 décembre, l’envoyé spécial du quotidien à Caracas évoquait, à propos du Covid-19, « un miracle vénézuélien » en soulignant que Nicolás Maduro avait évité « la catastrophe annoncée » dans un pays où la plupart des structures hospitalières sont en totale déliquescence ! Et de citer les chiffres « incroyablement bas » de 110.000 cas déclarés pour moins de 1.000 morts… Actualisés en date du 31 décembre par Freddy Ñáñez, le ministre de l’Information et de la Communication du régime, ils sont exactement de 113.558 infections pour 1.028 décès ! Ces chiffres officiels pour une population dorénavant de 28 millions d’habitants (plus de 3 millions ont quitté le pays), certes relativement jeune (29 ans d’âge médian, au lieu de 41 ans pour la France), donc a priori moins exposée aux conséquences dramatiques du Covid-19, ne sont malheureusement qu’un pâle reflet de la réalité sanitaire du pays. Et ce, pour plusieurs raisons.

D’abord et avant tout parce que ce pays subit, depuis de nombreuses années, une crise économique et sanitaire qui n’a rien à voir avec l’apparition du Covid-19 (en décembre 2017, le New York Times avait déclenché une polémique en publiant un reportage choc au terme d’une enquête sur le terrain de plus de cinq mois sur la malnutrition sévère, la mortalité infantile en augmentation, la pénurie de médicaments, etc.) et qu’en termes de santé publique, malgré « le soleil tropical », cela a un impact sur la population. De plus, comment détecter le nombre de personnes réellement infectées alors que les tests sont rares, y compris dans la capitale ? Faut-il, également, rappeler le courrier adressé au Fonds monétaire international, en mars dernier, par Nicolás Maduro, conscient des incapacités de son pays à faire face à la pandémie, dans lequel il sollicitait « une facilité de financement d’un montant de 5 milliards de dollars de la part du fonds d’urgence » en assurant « que les fonds obtenus [iraient] au renforcement des systèmes de détection et de lutte » contre l’épidémie du coronavirus. D’autant que, dans certains États comme celui de Zulia, situé dans le nord-ouest, ou encore celui de Táchira, dans l’ouest, la situation hospitalière est critique. Il y a quelques jours, le directeur de l’hôpital central de San Cristóbal (État de Táchira) alertait les autorités devant l’afflux de malades atteints ou suspectés de Covid-19 qui provoquait une saturation en termes de capacité d’hospitalisation… Par ailleurs, pourquoi envisager une vaccination massive si le risque est insignifiant ? C’est pourtant l’annonce faite, mardi 29 décembre, par le président Nicolás Maduro en précisant que le russe Spoutnik V (le est l’un des pays participant à la phase 3 des essais cliniques) sera distribué gratuitement « dans les prochains 90 jours » à toute la population ! À cet effet, le Venezuela a signé un accord avec la pour acquérir plus de 10 millions de doses.

C’est dans ce contexte de « miracle vénézuélien » que la vice-présidente du régime, Delcy Rodríguez, vient d’annoncer, le 1er janvier à 18 heures, heure de Caracas, sur son compte Twitter, que le Venezuela déclenchait un nouveau strict, à compter de lundi 4 janvier à minuit jusqu’au dimanche 10 janvier. Éventuellement renouvelable…

2 janvier 2021

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