Editoriaux - International - 3 février 2019

Venezuela : dans quel camp vont pencher les forces armées vénézuéliennes ?

Après les manifestations monstres samedi, dans les rues de Caracas, des partisans de Juan Guaidó mais aussi de ceux de Nicolás Maduro alors que l’ultimatum de six pays de l’Union européenne (Allemagne, Espagne, France, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) expire dimanche soir, enjoignant à l’actuel président de convoquer une nouvelle élection présidentielle, faute de quoi ils reconnaîtront alors Juan Guaidó comme président, la situation au Venezuela est explosive et d’une totale instabilité.

Au-delà des très nombreuses pressions diplomatiques et des sanctions économiques qui pèsent sur le régime, il faut constater que l’actuel pouvoir, du fait de ses diverses manipulations politiques (assemblée constituante, répression et arrestation des principaux leaders de l’opposition, instauration d’un pseudo-dialogue, etc.), de la désastreuse situation économique (inflation record, pénurie des produits de première nécessité, aggravation de la pauvreté et des conditions sanitaires), a rompu le lien entre une grande majorité de la population et ce qui faisait la force du chávisme : le « souffle » de la révolution bolivarienne. Ce phénomène est peut-être la clef essentielle des événements à venir. Avec, en filigrane, la question centrale : que vont faire les forces armées vénézuéliennes ?

Les enjeux sont considérables lorsqu’on connaît le poids historique, économique et social de l’armée au Venezuela. Près de 20 % des effectifs des fonctionnaires et civils employés par l’appareil d’État sont des militaires. De plus, sur le modèle cubain, l’armée contrôle de nombreux secteurs économiques, dont le fret avec la société EMILTRA (Empresa Militar de Transporte), le domaine des ressources naturelles avec la création, en 2016, de la CAMIMPEG (Compañía Anónima Militar de Industrias Mineras, Petrolíferas y de Gas), avec des accords échappant à tous contrôles, en particulier avec l’entreprise pétrolière nationale PDVSA (Petróleos de Venezuela SA). En toile de fond, dans un pays ravagé sur le plan économique par les prévarications, détournements de fonds publics (l’opposition avait évoqué le chiffre de sept milliards de dollars), les trafics en tous genres, armes, changes et stupéfiants…

Conscient d’être à un moment clef de sa gouvernance, Maduro a annoncé samedi, en dénonçant le « plan macabre » des États-Unis, qu’il allait augmenter le nombre de soldats en appelant les miliciens (des civils) à rejoindre l’armée !

Voilà pourquoi Guaidó a multiplié les déclarations vis-à-vis des militaires en leur promettant l’amnistie s’ils viennent rejoindre son combat. C’est dans ce contexte tendu que les premières défections prennent du sens, comme celle d’un cháviste historique, le directeur de la planification stratégique du haut commandement militaire de l’aviation, le général Francisco Esteban Yánez Rodríguez qui, en uniforme, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, a reconnu “le député Juan Guaidó comme président”.

D’autres militaires ont rejoint cette position, comme le major-général Jorge Arevalo Oropeza Pernalete, ancien commandant général de l’aviation, et le major Raynell Martínez Mujica, qui ont publiquement exprimé leur soutien au président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó.

Des déclarations, certes, encore minoritaires qui dénoncent “l’usurpation de Nicolás Maduro à la tête de l’État” mais qui vont avoir leur importance dans ce bras de fer où certains chávistes historiques semblent avoir choisi leur camp.

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