La bataille est gagnée. Mais ce n'est qu'une bataille. Une victoire aux européennes, une élection qui permet toutes les protestations, tous les votes. Avec une abstention autour de 50 %, malgré le redressement net de la participation qui donne à ce scrutin une plus forte légitimité populaire que les législatives de 2017, marquées par une abstention record de 55 %. Et une victoire déjà vue : il y a cinq ans, déjà, le parti de se plaçait à ce niveau de 25 %, seul en tête. Reléguant LR à 20 % et le parti du Président de l'époque, François Hollande, à 14 %. La victoire est moins nette, ce 26 mai. Et l'on sait de quoi accoucha la victoire de 2014 en 2017 : un décevant 21 %, une campagne et un débat ratés, et un second tour à 34 %. Si le RN n'est capable que de cette prouesse sans lendemain aux européennes, sans créer une autre dynamique et sans infléchir la restructuration politique, cette victoire sera vaine.

Pour éviter de répéter ce cycle 2014-2017, le Rassemblement national doit relever trois défis majeurs, certes douloureux, mais indispensables pour avoir l'espoir d'accéder au pouvoir durablement et efficacement.

D'abord, ne tournons pas autour du pot : le leadership. Qui, en 2022 ? Les Français, quand il faudra choisir une équipe gouvernementale et un Président, exigeront des équipes, des compétences, de la visibilité.

Le jeunisme, qui a fonctionné avec Jordan Bardella pour cette élection, ne suffira pas pour les prochains scrutins nationaux. Cette élection était personnalisée, mais autour d'une seule personnalité : celle d'Emmanuel Macron.

Ensuite - et c'est lié -, la gouvernance, le fonctionnement du parti, le profil et le recrutement de ses cadres. Il serait temps que, si certains au Rassemblement national souhaitent authentiquement changer les choses en France, ils soient capables de transformer et moderniser le parti en véritable machine de guerre. C'est indispensable pour la présidentielle et les législatives, mais cela commencera dès les municipales. La gauche a accédé au pouvoir en 1981 car, depuis dix ans, elle progressait constamment aux élections locales, avec de larges victoires de l'Union de la gauche aux municipales de 1977. Pour ce faire, le Rassemblement national ne peut se contenter de s'appuyer sur ses rares bastions historiques. Il faut qu'apparaissent des candidats compétents et des listes d'ouverture. On ne vote pas à des municipales, et a fortiori à une présidentielle, comme pour des européennes.

Enfin, ce parti, pour devenir majoritaire à des élections nationales à deux tours, doit donner de vraies raisons à ceux qui n'ont pas voté pour lui au premier tour de le rejoindre au second. Le rejet d'Emmanuel Macron ne fonctionne que pour la périphérique et populaire, celle qui a fait la différence ce dimanche 26 mai. Mais, démographiquement et mathématiquement, elle ne pourra la faire à des élections nationales à très forte participation.

La aisée, bourgeoise, urbaine doit pouvoir se reconnaître aussi dans ce Rassemblement nouveau. Il lui faut des gages culturels et économiques. Ils ne sont pas si difficiles à trouver, et cela sans se renier, sans faire du « en même temps » : fermeté financière en économie, fermeté culturelle sur les questions de l'immigration et de l'islamisation. Avec ce pack, le RN peut attirer à lui toute la droite, et le peuple. La droite Wauquiez-Bellamy a vocation naturelle à devenir le précieux supplétif d'un Rassemblement qui dépasserait les 25 % : avec un rapport du simple au triple, la messe est dite, l'avenir de la « droite versaillaise » ou « droite Trocadéro » est de se ranger derrière le peuple : clin d’œil de l'Histoire. Mais une partie de la droite orléaniste qui ne jure que par les questions financières doit aussi y trouver sa place : les économies réalisées par l'arrêt de l'immigration et des politiques publiques dispendieuses en matière culturelle ou sociétale devraient l'en convaincre.

Si la victoire du 26 mai pouvait entraîner ce vaste chantier, ce serait vraiment une victoire fondatrice.

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27 mai 2019

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