Editoriaux - Justice - Religion - 7 mars 2019

Une première en France : un prince de l’Église condamné par la justice des hommes

Coup de tonnerre dans l’Église de France : Mgr Philippe Barbarin a été reconnu coupable de non-dénonciation d’abus sexuel et condamné à six mois de prison avec sursis. Une condamnation qui peut surprendre, quand on sait que l’avocat général n’avait pas requis de peine. Mais nous ne sommes pas dans le dossier. En tout cas, c’est un coup de tonnerre car cette sanction ne touche pas n’importe qui : un prince de l’Église, titulaire d’un des sièges épiscopaux les plus (si ce n’est le plus) prestigieux de France, celui de saint Pothin, compagnon de martyre de sainte Blandine. Primat des Gaules ! Un siège qu’il occupe depuis 2002, revêtu de la pourpre cardinalice depuis 2003.

Philippe Barbarin est aussi un prélat médiatique, brillant esprit aux prises de position qui ont parfois agacé, ici ou là, pour faire simple, à gauche ou à droite : contre l’avortement, le mariage homosexuel, pour le dialogue avec l’islam, pour les migrants, contre Marine Le Pen en 2017… Immédiatement après l’annonce du verdict, Mgr Barbarin a annoncé qu’il allait présenter sa démission au Saint-Père, alors même qu’il a décidé de faire appel de la décision de justice et que, né en 1950, il pouvait se maintenir encore six ans sur son trône épiscopal. Sa démission semble cependant s’imposer car on ne voit pas comment il pourrait désormais continuer à gouverner sereinement son archidiocèse.

Au-delà de cette affaire judiciaire et de la compassion que l’on doit aux victimes de l’abbé Preynat, cette condamnation fait évidemment le « bonheur » de tous ceux, dans l’Église, qui veulent poursuivre l’œuvre de désacralisation de l’institution bimillénaire. Ainsi, Gino Hoel, rédacteur à la revue « catholique » Golias, s’est empressé de déclarer sur franceinfo, à l’annonce du verdict, qu’“à travers le cardinal Barbarin, c’est aussi le système ecclésial qui est condamné”. C’est une façon de voir les choses et il reste à démontrer que c’est ce qu’a voulu la Justice.

Mais on peut voir les choses autrement. L’Église n’est pas n’importe quelle institution. Pas une simple ONG, un peu plus ancienne que les autres, chargée de faire du social ou de fabriquer du vivre ensemble enrobé d’un peu de folklore un peu désuet. Et la condamnation en première instance du cardinal-archevêque par la justice de la République à une peine sévère alors que, rappelons-le, le ministère public n’avait pas requis de peine, peut être vue comme le signe, justement, de l’exigence de vérité, d’intégrité, de pureté, d’absolu que la société des hommes attend de cette vénérable et noble institution – plus que de toute autre, peut-être – et notamment de ses clercs. Noblesse oblige ! Pas ça de l’Église, pas Elle, semble s’écrier la vox populi qui est aussi, dit-on, la vox Dei.

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