Mais qu’entends-je là ? L’entendez-vous également ? Un tremblement de terre ? Un tsunami ? Que nenni, c’est Urbain II en train de se tortiller dans sa tombe. Urbain II, le pape, la croisade, le soutien à la Reconquista de l’Espagne occupée par les Maures, sa lettre aux comtes catalans, « libérer nos frères de la tyrannie, des assauts et de l’oppression des Sarrasins ».

Autre époque, autre ambiance, et, à quelques détails près, l’Histoire, tragique, comme ne cesse de le répéter Éric Zemmour citant Raymond Aron, se répète. Pistoia (Toscane), la paroisse de Santa Maria Maggiore est devenue, avec la bénédiction de Massimo Biancalani, son prêtre, un dortoir pour migrants. Biancalani, qui a décidé d’accueillir 130 Africains dans la maison du Seigneur, assume, malgré les nombreuses amendes infligées par les autorités locales et la réprobation de sa hiérarchie. « Je désobéis et j’accueille. L’Évangile dit d’aider, d’accueillir et je fais ce que dit l’Évangile », sermonne-t-il.

Des dizaines de matelas empilés devant l’autel, des vêtements accrochés aux balustrades, des couvertures sales, des déchets à même le sol. Ambiance, donc. Biancalani, pour la petite paroisse de Santa Maria Maggiore, serait, dans les grandes lignes, la version froc d’ pour Paris – les travaux, et peut-être aussi les rats, en moins. L’hospitalité n’est pas non plus au rendez-vous, les migrants chassent les visiteurs, interdiction de filmer, une église appropriée culturellement et cultuellement où les quelques fidèles résiduels se sentent invités, pendant que les migrants, certains là depuis six ans, de confession musulmane, mangent, dorment, prient et chassent les impétueux curieux. Les entrées y sont filtrées. Covid-19 oblige, les masques et la désinfection des mains sont obligatoires pour les paroissiens. Deux poids deux mesures ? « C’est leur maison, tu portes un masque chez toi ? » rétorque l’illuminé curé.

Saint François d’Assise louait, dans son Cantique, la diversité des fleurs et des herbes. « Ils salissent, campent dans la rue à toute heure de la journée, c’est devenu une situation insupportable », raconte Claudia, qui vit en face de la paroisse. L’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ? Dans ce riche mélange de cultures, la logistique intercultuelle n’est pourtant pas clairement définie. On ignore comment les offices sont intercalés entre les cinq prières quotidiennes en direction de La Mecque. Où se font les ablutions ? Le bénitier ? Trop petit. Peut-être les fonts baptismaux.

En 2015, le pape François a demandé que « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille de réfugiés. Une demande symbole de vertus chrétiennes devenues folles […] folles, parce qu’isolées l’une de l’autre. » Le Vatican, au nom de la nouvelle religion du droit-de-l’hommisme et du relativisme post-conciliaire, a ouvert les portes de ses églises. Les fidèles en sont sortis, les migrants s’y sont engouffrés pour ne plus jamais en sortir. Et pendant ce temps-là, le Christ, sur sa croix, du fond de Sa maison, regarde et est peut-être en train de se dire : tout ça, pour ça.

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