Editoriaux - Société - Tribune - 6 janvier 2020

Un verre, si je veux, quand je veux !

Les nouveaux ayatollahs de « l’hygiène » consumériste n’en finissent plus de nous vendre leurs fausses bonnes idées à grands coups de campagnes publicitaires et autres imprécations autoritaires. En ce premier mois de l’année, ils ont entrepris d’importer chez nous la toquade anglo-saxonne et puritaine du . Ils prétendent vouloir nous faire faire une pause dans la consommation d’alcool pendant un mois. Non contents d’avoir déjà fait traverser la Manche à Halloween et à la théorie du genre, les voilà qui ambitionnent, aujourd’hui, de nous interdire de trinquer.

L’Histoire se répète sans cesse. Déconstructeurs patentés de nos société, ces parangons du vivre ensemble et de la censure prétendent, une fois de plus, avoir découvert l’eau chaude. L’alcool, que l’on ne trouve pas exclusivement dans la boisson, serait à proscrire sous prétexte des abus commis durant les dix derniers jours de l’année. Il est vrai que, pour eux, les fêtes de la Nativité et de l’an neuf désormais vides de sens ne sont qu’occasions d’abus qu’il faudrait réparer par trente jours d’abstinence.

En réalité, ils ont beau se prétendre progressistes, ils défendent une idéologie particulièrement extravagante et rétrograde. Nous ne les empêchons pas de pérorer sur leur prochain voyage à Phuket en picorant des graines de lin devant « Quotidien » ou Plus belle la vie ni, non plus, de boire un verre de lait de soja pour mieux faciliter l’absorption de leurs substituts alimentaires, mais qu’ils cessent de nous agresser avec leurs démonstrations pseudo-scientifiques complètement grotesques.

Ce sont les mêmes qui vouent aux gémonies éleveurs et viticulteurs en favorisant honteusement le capitalisme industriel et financier qu’ils prétendent combattre. De quel droit nous contraindraient-ils à adopter un mode de vie qui ne nous correspond pas ? De quel droit nous imposeraient-ils leurs dogmes en utilisant des méthodes aussi douteuses que totalitaires ? Qu’ils s’occupent de leur verre et qu’ils nous fichent définitivement la paix avec leur « fascisme œnologique » qui n’a absolument ni queue ni tête. Personne ne nous empêchera jamais de déguster un bon bœuf à la provençale ou de partager une bouteille de chablis avec quelques amis arrivés à l’improviste.

Vouloir être proche de la nature, c’est d’abord l’accepter telle qu’elle est. La maladie et la mort en font partie. Nous vivons au milieu des microbes et de la micro-faune, pleine d’acariens et de vers de terre, aussi bien que d’arcs-en-ciel et de couchers de soleil. La nature, c’est un ensemble infiniment varié qui contient tout l’univers, et pas seulement cette petite parcelle aseptisée qu’y découpent, à des fins de snobisme, les Monsieur Propre de l’humanité.

À les en croire, leur préoccupation serait celle de notre santé. C’est en son nom qu’il faudrait boire sans alcool, manger sans gras, sans sucre ni sel. Les slogans publicitaires entretiennent cette tyrannie du quotidien. Nos autorités sanitaires promeuvent, sans interruption, cinq fruits et légumes par jour, ne-pas-fumer, ne-pas-boire, manger-bouger-se déplacer selon les nouveaux mots d’ordre d’une société bien réglée. Et s’ils nous laissaient nous discipliner tout seuls, comme des grands, s’ils cessaient de nous infantiliser en interférant dans le peu de liberté qu’il nous reste ? Du fond de nos caves et de nos celliers, nous revendiquons le droit de discerner, chez nous, ce qui est bon ou pas, avec mesure, sans excès, comme nous l’ont transmis ceux de qui nous venons, comme on le pratique au gré des us et coutumes de nos régions, depuis des siècles.

Entre nous, il y a peut-être d’autres priorités.

À quand, le mois sans couteau ?

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