[Tribune] Rodéos urbains : oser la méthode forte

rodeo

Encouragés par l’impunité judiciaire, de nouveaux incidents liés à des rodéos urbains ont eu lieu, ces derniers jours. Cette situation, d’autant plus intolérable qu’elle perdure au vu et au su de tous, appelle l’utilisation d’une méthode « forte » contre les auteurs de rodéos urbains.

Phénomène longtemps considéré estival, les pratiquants de rodéos urbains sont aujourd’hui si nombreux qu’ils fleurissent toute l’année, même en plein février…

Ainsi, ce jeudi, l'un d’entre eux a renversé une mère et ses deux enfants, à Argenteuil. Comme le rapporte Actu17, le motard est monté sur le trottoir avant de percuter et de blesser la mère de famille au genou et à l’épaule, ainsi que les deux enfants, de 1 et 2 ans, au visage. Le chauffard, interpellé sans permis ni assurance, a été placé en garde à vue.

Mais quelques jours auparavant, un autre motard de 21 ans faisait du rodéo urbain à Cergy. Aussi maladroit que malchanceux, il a perdu le contrôle de son véhicule aux pieds d’une patrouille de gendarmes mobiles. Il a naturellement été placé en garde à vue…

Des forces de l’ordre démunies

En février 2023, la presse révélait l’existence de la note 89. Celle-ci encadre la doctrine d’intervention des forces de l’ordre en cas de course-poursuite. Et, surtout, elle organise l’impunité des rodéos urbains.

En effet, elle réserve la possibilité pour les policiers de poursuivre les délinquants qu’en cas de faits de grande gravité. Cette limitation est vite remontée aux oreilles des motards, qui s’en donnent depuis à cœur joie. Le secrétaire départemental Alliance du Rhône dénonçait ainsi, sur CNews, « des individus qui nous narguent sur des motos volées ».

Pour Céline Pina, la raison d’existence de la note 89 est tout simplement la « peur de l’émeute », une analyse confirmée par Jérôme Travard, maître de conférences à l’université Lyon III, pour qui, en cas de blessure du conducteur, « la police n’aurait plus à lutter contre quelques rodéos motorisés mais bien contre des émeutes urbaines menaçant encore plus la sécurité des personnes et des biens ».

Sauf au Royaume-Uni…

La police britannique a mis en place, de longue date, la méthode dite du « contact tactique ». Cette méthode n’est certes pas utilisée contre les rodéos urbains (qui sont quasiment inexistants, outre-Manche) mais, de manière générale, en cas de course-poursuite à deux roues. Elle donne une entière satisfaction et ne semble n’avoir jamais été un débat.

De fait, les chiffres confirment la sûreté de la manœuvre. Selon un document consulté par l’Institut pour la justice, entre avril 2022 et mars 2023, 11.102 véhicules ont été poursuivis en Angleterre et au pays de Galles, après refus d’obtempérer. Le contact tactique a été utilisé dans 6 % des cas. Sur l’ensemble des poursuites, aucun mort n’est à déplorer et 27 blessés graves ont été comptabilisés (police et délinquants compris). Ce nombre de blessés graves est très faible, surtout mis en rapport avec le nombre actuel de blessés, tant parmi les passants que parmi les délinquants.

Un gouvernement qui se cache !

Cette pratique, qui donne entière satisfaction chez nos voisins, est réclamée quasi unanimement par les policiers et surtout par la population. Un sondage CSA confirmait ainsi que 76 % des Français seraient favorables à ce que les forces de l’ordre effectuent « des courses-poursuites contre les auteurs de rodéos sauvages, même si c’est dangereux ».

En refusant d’utiliser une méthode forte, qui pourtant n’augmente a priori pas les risques de blessures, le gouvernement tente de se cacher derrière son petit doigt. Pourtant, sa responsabilité est précisément décuplée par cette lâcheté, qui a pour effet de laisser sciemment la population seule face aux délinquants. Par sa lâcheté, l’État porte indubitablement une part de culpabilité dans tous les blessés dus à des rodéos urbains.

Pierre-Marie Sève
Pierre-Marie Sève
Directeur de l'Institut pour la Justice

Vos commentaires

46 commentaires

  1. La méthode forte? La même que celle utilisée par les forces de l’ordre lors de contrôles routiers: utilisation du stopstick. On ne va généralement pas loin avec un pneu à plat, surtout avec un deux-roues.
    On peut aussi essayer le lasso et choper le conducteur au vol.

  2. Attention il ne s’agit pas de motards mais de racailles, de voyous, de délinquants. Les motards les vrais sont respectueux des autres, de leur moto et leur propre intégrité. Il n’y a absolument aucun point commun.

  3. C’est très simple, on l’a tous bien compris : le gouvernement n’autorisera jamais rien qui puisse fâcher les racailles de banlieues…

  4. Il existe une émission qui s’appelle « mon patron incognito », il serait intéressant d’en faire une qui se nommerait « mon ministre incognito » et qui consisterait à le faire vivre pendant 8 jours ( par exemple) dans une banlieue « sensible » comme le péquin moyen.

  5. Ces rodéos ont toujours existé. Quand on est jeune, on fait des bétises et on veut se tester, sauf qu’aujourd’hui, c’est l’œuvre de délinquants qui veulent s’approprier un territoire, intimider et surtout qui mettent la vie des autres en danger. Alors, il ne faut pas tout confondre, motards, bande de jeunes et délinquants, criminels, trafiquants…

    • délinquants ou pas , les rodéos sont interdits dans les rues et sur les trottoirs , ce qui est évident ! Ceci étant dit et puni, les jeunes devraient pouvoir avoir un endroit pour s’éclater en moto .. je ne crois pas du tout que cela ai existé de tout temps, je n’ai pas connu cela !

      • Mais ils n’iront pas. Ce sont des délinquants sur des motos volées . Vous pensez bien qu’ils n’iront jamais dans des organisations officielles ou ils pourraient être contrôlés. Les circuits ouverts aux motards ont existé : Carole à Paris, Candy à Toulouse, mais c’était pour les vrais motards. Mais de toute façon la moto n’intéresse pas nos gouvernants depuis toujours. Mais ça n’a rien à voir avec le sujet.

  6. Le contrôle technique moto devrait solutionner ce problème. Si si, je suis sérieux, c’est même un ministre de transports qui l’a dit !

  7. La garde à vue c’est bien si la justice suit efficacement et rapidement. Les rodéos urbains et pas que ont encore de beaux jours devant eux sauf bien sur à utiliser la méthode forte, mais ce n’est pas une méthode labellisée en même temps. Va falloir oser sévir ou expliquer aux piétons que les trottoirs sont dorénavant partageables avec les motos les trottinettes et autres engins à moteur à une deux, trois et quatre roues. Il parait que l’État s’en préoccupe et y travaille, patience, patience, peut-être un jour, qui sait.

  8. Il en va de même pour l’état des routes qui deviennent accidentogènes ! Protéger le peuple est la première mission d’un Etat et il est évident que, chez nous, c’est une priorité qui a disparue. Si bien que l’Etat est en dehors du champ constitutionnel. Qui s’en soucie ? Jamais les juges qui gouvernent de plus en plus en lieu et place des élus…

  9. « En cas d’émeute » on ne sanctionne pas. Donc le délinquant prend ses aises, les quidams sont percutés parfois gravement. Exemple personnel, j’ai été frôlé, à un centimètre, par un vélo qui déboulé par-derrière sur un trottoir en pente (si heurt, minimum, épaule cassée), une autre fois sur un passage clouté, toujours par-derrière, c’est une manie…
    Ce laxisme fait que les délinquants sont de plus en plus audacieux et la non-sanction pratiquée par les juges et le gouvernement fera que nous aurons quand même les émeutes, en pire, car les émeutiers auront encore plus d’audace, sachant qu’ils ne risqueront rien. Cet État qui recule en permanence devant les banlieues prend le risque d’être un jour balayé par elles. En attendant, les victimes se comptent parmi les Français sans défense, abandonné par le pouvoir, et ceci contre toutes les attaques de plus en plus violentes (couteaux, viols sanglants, home jacking meurtriers, etc.)

  10. «  » » »En refusant d’utiliser une méthode forte, qui pourtant n’augmente a priori pas les risques de blessures » » » » —– Oui.. le gilets jaunes s’en souviennent bien de l’inquiétude de MACRON et sa clique, concernant les risques de blessures..

    • La violence d’État ne s’est exercée que contre des citoyens pacifiques, les gilets jaunes, des grévistes… Puis il y a la violence douce : multiples amendes, taxes à gogo, interdictions (crise du covid, avec vaccin quasiment obligatoire si vous voulez éviter la mort sociale ou la perte de boulot), attaque de la pensée unique contre la presse indépendante Cnews, Boulevard Voltaire…, suppressions de blogs, multiples procès pour assécher les finances d’un journal, etc.

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