Il est toujours bon, quand la réalité commence à ressembler à un roman de Houellebecq, avec un Président souffleté, un Mélenchon enfariné et un garde des Sceaux qui s’égare sur le marché de Péronne, de le questionner sur sa vision des choses. Encore faudrait-il qu’on la lui demande. C’est ce que vient de faire le site d’information britannique UnHerd.com. Unherd, comme le souligne Le Point qui publie la version française, comme Unheard « celui qui est non entendu » ou « ce dont on n’a jamais entendu parler », mais aussi UnHerd, qui n’est « pas dans le troupeau ».

Michel Houellebecq a choisi pour titre une phrase de Pascal : « Je regarde de toutes parts, et je ne vois partout qu’obscurité » (Pensées, 229). Le Pascal sceptique. Sceptique d’un scepticisme provisoire, propédeutique. Peut-être pas inutile, devant une actualité qui semble s’emballer, de prendre du recul, de questionner les évidences, fussent-elles celles de son courant de pensée.

Le premier questionnement du romancier porte sur la prémisse de la tribune des généraux : le risque d’effondrement de la . « Pourquoi la France ? Pourquoi la France plutôt qu’un autre pays européen, alors qu’ils semblent dans une situation à peu près similaire, et parfois moins favorable ? […] Je n’ai pas résolu le mystère. » Et le romancier, qui fut, je crois, statisticien dans une autre vie, d’énumérer les chiffres tout aussi inquiétants de nos voisins européens en termes de démographie, d’islamisme, de délinquance.

Et c’est là que Houellebecq, parti du Pascal pyrrhonien, retrouve le Pascal de la lucidité classique : « On n’a en réalité pas affaire à un “suicide français”, pour reprendre un titre d’Éric Zemmour, mais au moins à un suicide occidental […] ; ce qui est spécifique­ment, authentique­ment français, c’est la conscience de ce suicide. »

Le second grand doute de Houellebecq vise l’hypothèse de la guerre civile, presque devenue une banalité : « Pour faire une guerre, il faut être deux. Les Français vont-ils prendre les armes pour défendre leur religion ? De religion, ils n’en ont plus depuis longtemps ; et, de toute façon, leur ancienne religion serait plutôt du genre à tendre sa gorge au couteau du boucher. Sera-ce alors pour défendre leur , leurs mœurs, leur système de valeurs ? Mais de quoi parle-t-on exactement ? Et, à supposer que cela existe, cela mérite-t-il d’être défendu ? Notre “civilisation” a-t-elle encore vraiment matière à s’enorgueillir ? L’Europe me semble être à la croisée des chemins. »

Est-ce le Houellebecq nihiliste qui parle ? Pas si sûr. Peut-être aussi le Houellebecq européen qui se souvient qu’il exista, dans un passé pas si ancien, une civilisation européenne. Peut-être aussi le prophète de ce qui nous attend ici, et chez nos voisins. Peut-être, surtout, le romancier méditant un nouveau et très différent La Carte et le Territoire.

La carte ? J’apprends, dans , qu’en , « un islamologue réputé a mis à jour et republié un site recensant les associations et les lieux de culte musulmans à travers le pays. Un document que beaucoup interprètent comme un acte de stigmatisation. » L’universitaire est un islamologue musulman modéré et soutenu par le gouvernement. Évidemment, il a été immédiatement montré du doigt par le Conseil musulman du pays, lâché par son université et tancé par le cardinal-archevêque de Vienne Christoph Schönborn. Tout le monde jouant parfaitement son rôle comme dans le Soumission de Michel Houellebecq.

Le prochain roman de Houellebecq pourrait bien être européen. Et pascalien.

13 juin 2021

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