L’interdiction générale du travail le dimanche avait été arrachée grâce à la convergence des volontés de l’Église, d’une part, et, d’autre part, des socialistes. Quand les mots « socialisme » et « Église » avaient un sens. Le dimanche devait être pour le plus grand nombre un jour à part, celui du repos, celui consacré à sa famille, aux activités sociales, à la spiritualité… Bref, un jour pour soi, aux antipodes d’un travail souvent pénible, parfois écrasant.

Mais ça, c’était il y a près d’un siècle, juste après la Première Guerre mondiale.
Aujourd’hui, le seul Dieu qui vaille est celui du marché, la seule idéologie, celle de la concurrence générale, tout le temps, dans tous les domaines, y compris dans ceux dans laquelle elle n’est pas utile, comme celui des livraisons.

Ainsi, dans un mois, jour pour jour, le 19 novembre, La Poste, le plus ancien de ce qu’il reste de nos services publics (celui-là existe depuis l’Ancien Régime), va connaître une nouvelle révolution : sa filière Chronopost va livrer le dimanche. Quel progrès !

Et, pour cela, pas besoin de changer la loi : le travail le dimanche est, de fait, permis par le recours aux micro-entrepreneurs qui ne sont pas des salariés et sont théoriquement indépendants, mais ne sont, en réalité, que de nouveaux sous-prolétaires venus souvent des quatre coins de la planète travailler pour qui veut bien les exploiter. Plus de 90 % des livreurs Chronopost sont, ainsi, des sous-traitants. L’ a du bon pour qui sait s’en servir…

De nombreuses entreprises de livraison l’ont déjà compris. Alors, La Poste a le choix : perdre encore plus de terrain sur le seul secteur de messagerie rémunérateur ou se mettre, elle aussi, à agir comme ses concurrents puisque, grâce à « une qui protège », la libéralisation est sans cesse accrue dans ce domaine.

Cette possibilité de se faire livrer le dimanche ne sera, d’ailleurs, pas valable dans la France périphérique, mais seulement (une fois de plus) chez les gagnants de la mondialisation : les métropoles et leur réservoir de bobos CSP++ (là où a réuni des scores soviétiques) qui n’ont que les mots « valeurs » à la bouche mais se fichent bien de savoir qui les sert et dans quelles conditions.

Il faut que la presse, comme lundi dernier, révèle l’accident mortel d’un employé non déclaré pour que l’on apprenne que La Poste ou ses cadres supérieurs sont inquiétés pour prêt de main-d’œuvre illicite, marchandage ou homicide involontaire…

Le coursier payé « au black » est mort, mais l’essentiel, c’est que le colis soit livré… y compris le dimanche.

Ainsi va, aujourd’hui, la France asservie à une aux ordres du consumérisme roi.

Et certains se demandent encore pourquoi, bien que charnellement européens, nous vomissons l’Union européenne ?

18 octobre 2017

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