La session du baccalauréat 2020 sera une session extraordinaire. Mais sa gestion restera scandaleuse ; scandaleuse car les premiers jalons du nouveau diplôme imposé par M. Blanquer se trouvent d’ores et déjà faussés. Les épreuves de l’année de première ont été annulées : épreuves écrites et orales de français, deuxième session des E3C (« épreuves communes de contrôle continu »).

Bien sûr, on vous expliquera que l’arrivée soudaine et soi-disant inattendue du coronavirus ainsi que les situations et les outils d’apprentissage hétérogènes des élèves nous ont obligés à tout annuler au dernier moment, mais les diverses enquêtes sur la gestion de cette crise ne vont pas manquer de révéler l’impéritie (pour le moins) du gouvernement. Quand le virus s’est-il déclaré en Chine ? Au mois de septembre 2019 ? Au mois d’octobre ? Quoi qu’il en soit, notre ministère se serait laissé surprendre par l’arrivée inopinée du virus en mars 2020 alors qu’officiellement, l’OMS est informée de la situation au moins en décembre 2019

Mais le pire, c’est de changer les règles d’attribution du diplôme en cours de réalisation ! On annule purement et simplement la dernière session de l’ancien baccalauréat (jugé apparemment obsolète par notre ministre) sans se soucier de la part émotionnelle de cette suppression brutale et violente auprès de nos élèves de terminale attachés à l’ancienne formule et on en profite pour annuler les E3C qui, de toute façon, ne satisfaisaient personne. Et pour cause ! Outre que ce nouveau baccalauréat n’a pas été sérieusement réfléchi en amont, il a été imposé à la hâte : serait-ce pour nous empêcher de nous poser des questions sur le bien-fondé de cette hydre pédagogique ?

Quoi qu’il en soit, son mode de fonctionnement relève d’une pédagogie à visée utilitariste et propagandiste ; les élèves doivent obtenir des compétences et savoir, dès l’année de troisième, l’orientation professionnelle qu’ils veulent choisir (ou plutôt que l’on veut leur faire croire qu’ils ont librement choisie), car il faut former de futurs bons petits soldats de la consommation de masse, et il faut leur faire avaler cette couleuvre en leur répétant qu’ils trouveront du « plaisir » à être dans le « désir » de choisir leurs enseignements de spécialité au lycée, en approfondissant non des connaissances scientifiques et disciplinaires, mais en abordant divers sujets d’actualité – comprenez les mouvements idéologiques à la mode comme ou Sexosafe…

Cette réforme est honteuse, scandaleuse, attentatoire à la liberté pédagogique des enseignants comme au droit des parents à décider de l’éducation de leurs enfants. Car ne nous trompons pas : M. Blanquer ne cherche pas à instruire les élèves français, il cherche à les éduquer, c’est-à-dire à les formater purement et simplement, comme il le décrit, d’ailleurs, en toutes lettres, dans son « petit livre rouge » de 2018 Construisons ensemble l’École de la confiance.  Pourquoi ne cesse-t-il pas de répéter, comme un mantra, le mot de « confiance » si ce n’est parce qu’il cherche à nous endormir sur ses objectifs idéologiques centrés autour du Beau, du Vrai et du Bien selon ses propres références ?

Le coronavirus lui livre une occasion unique de tenter des expériences sans prendre le risque de les mener au bout si la base (les élèves, leurs parents et les enseignants) regimbe. Mais le plus révoltant reste que la session 2021 du nouveau baccalauréat ne sera pas plus valorisée que celle de la session 2020 : c’est un véritable massacre de la culture et de l’instruction. Mais à qui peut bien profiter un tel crime de lèse-État ?

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