Cette fausse bonne idée repose d’abord sur un discours européen qui soutient la notion de dimension critique pour une entité régionale. Trop petit, le département, et manquant désormais de visibilité ? C’est pourquoi l’improbable Hollande (ôtez-moi d’un doute : il fut président de la ?) nous fit les grandes pour mieux « fragmenter » la France en vue d’une des régions à l’imitation des Länder allemands qui n’ont rien à voir, en matière de pouvoir et de , avec nos ersatz régionaux. De surcroît, les européistes savent bien que cette Europe des provinces est un gage, bon à prendre, d’affaiblissement de la France. En tout état de cause, l’ s’explique aussi par ces réformes locales, communautés de communes, regroupement de communes, cantons résiduels, qui font que l’électeur ne voit plus qui est qui et qui fait quoi.

Mais l’essentiel n’est pas là, le département a une essence historique et charnelle qui explique ce reliquat d’attachement qui subsiste encore. En effet, on se souvient que César à la conquête des Gaules trouva sur son chemin des pays gaulois (les pagi), Éduens, Senones, Vénètes, Arvernes et tant et tant de peuples gaulois déjà… gaulois ! C’est-à-dire fortement identitaires localement et souvent opposés – Vercingétorix en sait quelque chose.

Ce que l’on sait moins, c’est que lorsque les Gallo-Romains devinrent chrétiens, souvent grâce aux soldats romains d’occupation le plus souvent syriens (eh oui !), il fallut créer des évêchés et la jeune Église choisit, grosso modo, de reprendre les pays gaulois et leur « capitale » comme siège épiscopal. La chose est tellement avérée que, par exemple, le pays des Diablintes (département de la Mayenne) avait pour capitale Jublains, mais l’évêché fut transféré à Laval, le chef-lieu, et Jublains périclita. Bref, jusqu’à la Révolution et avec quelques exception, les évêchés conservent les pays gaulois.

C’est alors que les constituants veulent combattre l’Ancien Régime et en effacer la province par trop « royaliste » (1790-1791). Thouret, le député chargé de la tâche, utilisa la rhétorique des nobles (les envahisseurs germains qui se taillèrent des provinces) contre le peuple, les Gaulois. Une rhétorique historiquement fausse mais politiquement porteuse. C’est ainsi qu’il reprit les évêchés en les « laïcisant » en fleuves, montagnes : département de la Seine, les Vosges, le Jura, etc. Mais si la Révolution a une forte propension à dévorer ses enfants (Thouret fut guillotiné), les œuvres restent enracinées. De telle sorte que l’établissement de la carte des pagi gaulois superposée à celle des évêchés puis celle des départements présente une correspondance qui ne doit rien au hasard. La Révolution fit du neuf avec du vieux !

Voilà pourquoi, dans notre inconscient collectif, demeure l’attachement au département et la classe serait bien avisée, tant son ignorance est crasse, de s’en souvenir.

30 juin 2021

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