Discours - Editoriaux - Médias - Politique - Société - Table - 11 juillet 2017

Simone Veil : sommes-nous forcés d’être aussi mauvais que nos adversaires ?

Le décès de Simone Veil a donné lieu à des scènes d’hystérie collective. Hystérie, attendue, de ses thuriféraires – QUI n’a pas dit merci à Simone Veil ? Il n’a pas voulu dire merci à Simone Veil ! -, assortie d’une canonisation immédiate rien de moins que suspecte : l’Église, qui en connaît un rayon en matière de sainteté, avait institué un laps de temps entre le passage ad patres et la canonisation, afin de se détacher, notamment, des passions politiques du temps et laisser postulateur comme « avocat du diable » faire leur boulot. La sainte laïque Simone Veil a été auréolée sans autre forme de procès, à la va-vite, expédiée fissa au Panthéon, parce qu’à travers elle, c’est l’IVG que l’on veut sacraliser.

Mais hystérie, parfois aussi, du camp d’en face. Le mien. Celui qui dénonce la loi Veil.

Sans vouloir faire mon Bernanos au petit pied – ce serait une posture facile contre une « famille d’idées » en état de dhimmitude sociale -, j’avoue avoir été heurtée par le concert d’insultes, de grincements ironiques, de déclarations définitives la vouant à la géhenne de feu, par les « AVORTEUSE » écrits en lettres d’imprimerie sur Twitter par des anonymes, tel le corbeau de l’affaire Grégory, par les citations apocryphes au contenu farfelu… Comme si l’on voulait aider nos adversaires à convaincre la France que ceux qui militent pour la vie sont haineux, conformes en tout point au détestable tableau que les médias en brossent. Pense-t-on attirer à soi, par ce visage grimaçant, les filles dans la détresse tentées par l’IVG ?

Faut-il rappeler aux « catholiques » – c’est ainsi qu’ils se revendiquent – qui se sont déchaînés sur les réseaux sociaux que, nous autres, ne crachons pas sur les tombes et qu’autrefois, nos aïeuls se découvraient au passage d’un corbillard, voire se signaient, quel qu’en fût le contenu, qu’il ait, de son vivant, été bon ou méchant.

Que nous ne nous substituons pas à Dieu, et que clamer urbi et orbi qu’elle grille aujourd’hui en enfer, avec autant d’assurance que d’autres la déclarent au paradis, c’est s’asseoir sur la miséricorde, la rédemption, le repentir, l’amour infini de Dieu et tout ce que l’Église nous enseigne dans ce domaine. L’enfer existe, mais qui peut avoir l’outrecuidance de faire lui-même son petit Jugement dernier et décider que s’y trouve tel ou tel ?

Que nul, pas même Simone Veil, n’a le don de prescience : sa loi, en légalisant un interdit objectif « Tu ne tueras pas », et le remplaçant par un curseur subjectif – dans certains cas, la vie peut-être supprimée -, a ouvert une boîte de Pandore effroyable, profondément transgressive en 1974, qui a conduit à toutes les dérives actuelles. Sans doute pouvait-on déjà imaginer certaines d’entre elles, mais affirmer que Simone Veil prévoyait déjà la GPA – dans la société de 1974 ! – est absurde.

Rappeler certains passages de son discours de l’époque n’est pas dire que l’esprit de sa loi est bon – il est mauvais – mais montrer que ceux qui s’en prévalent aujourd’hui mentent, puisqu’ils en dénonceraient aujourd’hui les réserves. Se souvenir qu’elle avait édicté des garde-fous, fragiles, qui n’ont pas résisté, n’est pas dire que la panacée est d’y revenir – les mêmes causes produiraient les mêmes effets, et le principe même de la loi étant mauvais, l’encadrer ne suffirait pas à la rendre vertueuse – mais que la situation est encore pire sans eux.

Si la loi porte son nom – et c’est une responsabilité indéniable -, Simone Veil n’a pas fait de coup d’État. Il y avait derrière elle tout un gouvernement – qui l’a, du reste, utilisée -, des parlementaires qui ont voté, des Français qui n’ont pas bronché, un clergé qui n’a pas moufté. Le jour où Giscard et Chirac mourront, les vouera-t-on aux même gémonies ou dissertera-t-on avec avec une indulgence amusée de leur amour du terroir et des jolies femmes ?

L’information n’est pas la désinformation à l’envers, répétons-nous sur Boulevard Voltaire, et l’on peut décliner cela à l’infini. Sommes-nous obligés d’être idiots parce que les autres sont stupides, de mauvaise foi parce qu’ils mentent, binaires parce qu’ils sont manichéens, excessifs parce qu’ils sont caricaturaux, agressifs parce qu’ils sont violents ?

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