Seulement 50 foulards rouges remontés contre la violence. Mais laquelle ?

La riposte aux gilets jaunes devait, cette fois-ci, atteindre une ampleur certaine, sinon massive, voire impressionnante. De Bastille à Nation, des milliers de foulards rouges outragés par ces actes à répétition allaient défiler, solidaires dans l’indignation, unis contre la chienlit, révoltés par la révolte.

Sur la place de la Bastille, point de ralliement du mouvement, les premiers rebelles arrivent. Une dizaine, puis une vingtaine, d’autres arrivent encore, l’attroupement enfle pour atteindre 50 personnes au moment du départ vers Nation. 60, selon certains observateurs, qui incluent un groupe de Japonais à la recherche d’une bouche de métro.

« Bien. Tout le monde est là ? C’est votre dernier mot, Jean-Pierre ? »

Cinquante foulards rouges étalés de Bastille à Nation. Les organisateurs font un rapide calcul. À raison d’une distance de deux kilomètres, je pose un, je retiens deux… ça nous donne un manifestant tous les 40 mètres. En version « Petit Poucet », le compte est bon.

Grand moment de solitude pour les contre-manifestants de ce samedi 6 avril. Les deux très grandes banderoles « Unis contre la violence » et « Stop violence » mobilisent 8 personnes. Derrière, il n’en reste plus que… attendez, je reprends ma calculette. 42 ! Moins la dame qui vient de partir à cause des passants qui rigolent. 41. Les quelques journalistes présents assistent, éberlués, à la première manif réalisable en appartement. Une foule compacte de la porte de la salle de bains au séjour. Le journaliste de France 2 exulte.

Où sont passés les 10.000 manifestants du 27 janvier ? Certains ont fui à l’étranger, les plus remontés ont mis fin à leur jour, et puis des « burn out » en série. Chaque samedi a vu le foulard rouge sombrer dans la déprime. Seuls les survivants à ces visions d’épouvante sont là. Les plus solides. Les favorables à l’interdiction de la couleur jaune sur toute le territoire.

À l’issu de ce fiasco, chacun est donc reparti très vite vers ses pénates pour suivre la fin du grand débat. Un suspense de cette importance ne se manque à aucun prix. Macron allait-il terminer sa prestation par un saut périlleux arrière ? Sauter au travers d’un cercle de feu ? Repartir vers l’Élysée en parapente ? Ils voulaient savoir.

Pendant que les trois pelés et deux tondus attendaient Godot, place de la Bastille, il restait encore 3.500 gilets jaunes déambulant çà et là dans la capitale, et une vingtaine de milliers répartis dans toute la France. Selon les chiffres du boulier de Christophe Castaner. Un comptage à l’ancienne sur de la calculette d’époque. La dégradation du climat ne permet plus d’avoir recours à des ustensiles électroniques fonctionnant avec des piles jetables.

Dès le lundi matin, le foulard rouge a mis son réveil à sonner pour suivre les résultats du grand débat délivrés par Édouard Philippe. Après analyse des centaines d’heures de discussions, calculs complexes, je retiens cinq, je pose huit, la révélation était inouïe : les Français souhaitaient payer moins d’impôts.

Si les banderoles « Stop à la violence » sont encore disponibles, nous sommes preneurs.

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