Les mots ont une signification, un sens : ils permettent l’expression d’une pensée tout en précision et en nuance. Certains d’entre eux ont un poids particulier : celui de l’Histoire. Ils sont des témoins du temps, de ce qui était ou de ce qui est.

Lorsque M. le Premier ministre emploi le mot « République » en lieu et place de celui de « France », il ne s’y trompe pas. Le projet de loi « confortant les principes républicains », qu’il a défendu dans les colonnes du Monde, en est la parfaite illustration : ce qu’il veut protéger, ce qu’il veut sauver, c’est la République. Et la France de devoir céder la priorité. Mais la République n’est qu’une forme de gouvernement parmi d’autres. Hic et nunc, elle est un outil politique au service de la France. Comme le furent l’aristocratie au haut Moyen Âge et l’autocratie au début du XVIIIe siècle.

Il faut prendre garde à la bien-pensance idéologique : elle nous ferait vite oublier treize siècles d’Histoire. Il faut apprendre à la déceler, à la reconnaître et à s’en prémunir. Car elle finirait par nous persuader que l’ radical s’attaque à la République, alors que son objectif, son but de guerre est bien plus ambitieux. Ce que veut faire plier notre ennemi, ce qu’il veut soumettre, c’est à la fois la France d’aujourd’hui et la France d’hier. Ce qu’il veut conquérir, ce sont les ramifications autant que les racines et le tronc : la France des Lumières autant que celle de Clovis et de Charles Martel. Ce qu’il menace, c’est à la fois la terre de nos pères, notre liberté de penser et le ventre de nos filles.

L’enjeu est bien plus grand qu’une simple forme de gouvernement, toute attachée est-elle à des valeurs et des principes que l’on peine parfois à définir. Il s’agit de notre culture. Or, comme le clame le cardinal Sarah, « encore faut-il que vous ayez une culture » ! Si nous renonçons sans coup férir à des siècles d’Histoire, si nous balayons d’un revers de main nos racines chrétiennes, nous abdiquons et offrons la France en pâture. Si nous nous laissons persuader que « la laïcité, c’est le ciment d’une France unie », si nous nous réjouissons de ce que le gouvernement veuille « favoriser la construction d’un de France », nous cédons du terrain. Et la France n’est plus, alors, qu’une terre de conquête.

Les mots ont une signification. Si une loi a pour ambition de protéger la France du séparatisme islamiste, il faut avoir le courage de la nommer ainsi. Les mots ont un sens, et à considérer la situation sécuritaire et économique de notre pays (pour ne pas dire sanitaire et écologique), l’heure ne devrait pas être à l’idéologie mais au réalisme.

Lorsque « République » remplace « France », nous nous regardons à travers un œil de bœuf : notre vision de nous-mêmes est déformée. Nous nous voyons amputés de notre Histoire, dotés d’une culture réduite à sa portion congrue. Et les islamistes radicaux n’en demandent pas tant.

10 décembre 2020

À lire aussi

Le choix des mots à Washington : une manifestation qui dégénère ou une insurrection ?

Nous sommes bien placés, en France, pour le voir et le savoir. Mais ici, comme aux États-U…