Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 6 juin 2019

Sébastien Chenu : « Le clivage droite/gauche ne structure plus la vie politique française »

Pour Boulevard Voltaire, le député Sébastien Chenu réagit à la démission de Valérie Pécresse du parti Les Républicains et analyse le paysage politique actuel, organisé, selon lui, en deux blocs : « les libéraux » face aux « nationaux ».


Valérie Pécresse a annoncé son départ du parti des Républicains.
Son départ intervient quelques jours après la démission de Laurent Wauquiez.
Où en sont Les Républicains ?

Je crois que Les Républicains en sont exactement où en est le parti socialiste. Un jeu de miroir est en train de s’installer dans notre vie politique.
Nous sommes le miroir de la République En Marche. Nous sommes des mouvements qui dépassent les anciens clivages droite et gauche. Nous nous démarquons sur la nation, le respect et la défense de l’identité et du modèle social français. Macron, lui se démarque sur le libéralisme et la soumission à l’Europe.
De même, des partis miroirs comme Le PS et Les Républicains ont été les partis de gouvernement qui ont menti et trahi, ont été en échec et ont vu les électeurs s’éloigner. Désormais, ils vont devenir des réseaux d’élus, un peu à l’image du parti radical qui à l’époque gérait des mairies et des collectivités. Ils vont être des partis d’appoint, mais en aucun cas des partis qui auront une capacité à incarner une alternance possible dans notre pays.

Il y a quelques années, un des argumentaires du Front national était de parler de l’UMPS ?
N’avez-vous pas peur de devenir la seule opposition à Emmanuel Macron ?

Ces reconstructions sont choisies et imposées par les Français. Ils l’ont souhaité à l’élection présidentielle et le répètent lors des élections européennes.
Aujourd’hui, les clivages ne reposent plus sur les mêmes sensibilités. Le clivage des nationaux et des libéraux traverse tous les partis politiques. Certaines personnes de gauche sont des partisans de la nation. Certaines personnes de la France Insoumise nous ont rejoints et sont des partisans de la nation. D’autres encore sont dans les partis de droite.
Les libéraux viennent de gauche et se sont retrouvés avec Emmanuel Macron. Il a d’abord absorbé le parti socialiste avant d’absorber une partie de la droite. Ce sont les Français qui ont décidé de cette réorientation.
La France n’est pas un pays qui échappe à la règle. Cela se fait dans beaucoup d’autres pays en Europe et partout dans le monde.

Pensez-vous pouvoir attirer d’autres élus des Républicains ?

Ce n’est pas tant les élus des Républicains ou d’autres mouvements qui nous intéressent.
Nous souhaitons avant tout rassembler les gens sur des convictions. Les élus les Républicains sont fascinés par Emmanuel Macron. Dans la banlieue chic et argentée de Paris, la République En Marche est arrivée très largement devant les Républicains.
Les élus Les Républicains ont besoin de la République En Marche pour pouvoir repasser aux élections. C’est d’ailleurs ce que fait madame Pécresse. Elle a besoin de la République En Marche pour l’Ile-de-France.
Nous ne sommes pas du tout dans cette logique-là. Ayant très peu de sortants, nous sommes dans une logique de conquête et d’implantation.
Nous accueillerons sur nos listes et travaillerons avec toutes celles et tous ceux qui veulent défendre nos valeurs.
Nous ne sommes pas en train d’essayer d’attirer des élus coûte que coûte. Nous savons très bien que les élus Les Républicains sont prisonniers de leur propre système.


Vous avez accueilli le soutien d’Andréa Kotarac. Espérez-vous d’autre Kotarac venant de la France Insoumise dans les semaines à venir ?

Il y en aura. Vous le verrez aux municipales. Ce sont les gens du Nord qui vous le disent.
Des gens viendront de la France Insoumise, du parti communiste et d’organisations de gauche. Ils seront sur nos listes et pourront parfois, dans certains cas, les mener parce qu’ils se reconnaissent dans notre offre politique. Nous faisons exploser les vieux clivages d’avant.
Marine Le Pen l’avait théorisé il y a très longtemps. Les clivages droite et gauche ne structurent plus la vie politique française. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’identité politique et de gens qui ont une identité de droite ou de gauche. Par conséquent, nous accueillerons aussi des gens venus de la gauche aux municipales.

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