Editoriaux - International - Politique - 14 janvier 2020

Sahel : l’or des salons palois apportera-t-il la solution ?

Le sommet de Pau (drôle de nom, pour une ville située à 165 m au-dessus du niveau de la mer) est des plus curieux. Bien entendu, il ne s’agit pas de remettre en cause l’hommage rendu aux valeureux militaires qui ont péri dans le cadre de leur mission. Mais, enfin, réunir cinq chefs d’État, les représentants de la Commission de l’Union européenne et de l’ONU dans la capitale paloise paraît étrange. Le terrorisme n’est-il pas au Sahel et non dans les salons dorés d’un chef-lieu de département ? Serait-ce la résurgence de la Françafrique ?

Justement, dans le même temps, des manifestations antifrançaises ont lieu, sur place, à Niamey, à Bamako, à Ouagadougou et dans la plupart des capitales concernées. Certains manifestants vont même jusqu’à parler de néocolonialisme ! Quant aux gouvernants, notamment tchadiens, ils se disent prêts à faire appel à la Russie! Après tant d’efforts et de sacrifices consentis, on croit rêver !

Pourquoi ces jeunes ne s’enrôlent-ils pas en masse dans les rangs de leurs armées pour en finir avec ces massacres et ces meurtres commis dans leurs villages par ces trafiquants qui agissent au nom d’une mouvance prétendue religieuse ? Après tout, le rôle des forces étrangères ne devrait-il pas se limiter à la formation, l’encadrement et la fourniture d’une logistique qui fait défaut aux armées locales ? L’action sur le terrain des troupes non africaines ne devrait-il pas l’être en dernier ressort ?

Et puis, en France même, que font tous ces jeunes des banlieues originaires de ces pays ? Ne devraient-ils pas, s’ils ont un peu de patriotisme, faire le siège de leurs consulats pour se proposer à la défense des leurs ?

Le professeur Lugan (revue L’Afrique réelle) a bien posé le problème : la plupart de ces pays, Mali, Niger, Burkina Faso, etc., ne sont pas des nations, mais le fruit de découpages à la règle et au crayon. Quand il a fallu des millénaires et des dizaines de guerres pour faire l’Europe, l’Afrique peut-elle le faire en soixante ans ? La plupart de ces pays sont formés d’une mosaïque de peuples, d’ethnies qui ne vivent en bonne intelligence qu’avec un pouvoir central fort. Pour prendre l’exemple du Mali, les Bambaras (agriculteurs sédentaires majoritaires), les Peuls (éleveurs nomades), les Bozos (pécheurs), les Dogons, les Malinkés et bien d’autres ethnies vivent ou vivaient en bonne intelligence en dessous de la boucle du Niger. Mais au nord, la partie blanche (Maures et Touaregs) ne reconnaît pas la tutelle de Bamako. Que faire ? Une scission ?

C’est que ces populations irrédentistes du nord sont nomades, et vivent et ont vécu depuis des millénaires de trafics en tout genre, dont celui des êtres humains (esclavage des Noirs) n’était pas le moindre. On le voit, la solution est politique. Mais comment faire confiance à des groupes terroristes qui n’ont vécu que de pillages et de trafics ? La vieille solution coloniale ?

Autrefois, lors de la colonisation, honnie aujourd’hui, la « pax francorum » régnait. Comment ? Des troupes spéciales, en particulier les spahis, n’hésitaient pas à poursuivre et à punir les razzieurs qui osaient commettre des méfaits. La supériorité des armes, la vitesse d’exécution, la motivation suppléaient la modestie des troupes.

Au lendemain des discours consensuels et convenus, les dirigeants africains se retrouvent devant leurs peuples en désarroi : devenir les chefs d’une nation ou être balayés par des forces rebelles à leur autorité. En ont-ils conscience ?

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