Je déteste les trottinettes. Je déteste surtout ceux qui les chevauchent en roulant comme des boulets sur ces engins faucheurs de chevilles et briseurs de tibias. Je déteste plus encore leur morgue et leurs insultes de jeunes-urbains-branchés qui me donnent le sentiment d’être une pauvre « has been » parfaitement cacochyme…

Ayant osé dire que le trottoir était, en principe, fait pour les piétons, je me suis ainsi entendu répondre : « Va donc, eh, connasse, tout ça c’est dépassé ! »

Nous sommes tous dépassés, en effet. Par les engins, par les mœurs délétères, par l’incivilité galopante… et maintenant par l’avènement d’une nouvelle forme de gréviculture politico-écologique.

Hie, jeudi 5 décembre, aube d’une grève qui s’annonce dure et durable, est né l’acte I du sabotage de trottinettes. Bien sûr, des saboteurs du soir sévissent depuis longtemps dans les rues de nos métropoles, et singulièrement dans Paris, ce foutoir de la boboïtude. On renverse les engins, on les saccage, on les jette à la Seine ou dans le canal Saint-Martin, ou dans le Rhône à Lyon…

L’opération, cette fois, est toute différente : elle est revendiquée, officielle et de grande ampleur. Surtout, elle est à vocation politico-écologique.

Les auteurs sont donc connus : il s’agit d’Extinction Rebellion (XR), collectif qui se définit comme « un mouvement social écologiste qui revendique la désobéissance civile en s’appuyant sur des actions coups de poing non violentes afin d’inciter les gouvernements à agir contre le changement climatique et ses conséquences ». Créé par des universitaires et activistes britanniques voilà un an, le mouvement, qualifié généralement de « radical » par la presse, est en revanche jugé trop timoré par nos partis de gauche qui préfèrent sans le dire les Black Blocs et autres zadistes nourris au RSA.

Et donc, alors que les casseurs cassaient, les militants d’Extinction Rebellion bombaient. 2.020 engins mis hors d’usage dans Paris, 1.500 à Lyon et 90 à Bordeaux, « en recouvrant leur QR code pour les rendre inutilisables », écrivent les XR dans leur communiqué. Il faut dire que c’est malin, le bombage « empêchant ainsi le déblocage des appareils à l’aide du smartphone de l’utilisateur ». C’est donc réversible et sans douleur.

La démarche paraît sympathique ; la philosophie est plus douteuse, véritable gloubi-boulga politico-écologique teinté de collapsologie…

« Contrairement à leur image de mode de déplacement doux et vert, les trottinettes électriques sont une catastrophe écologique », disent les XR, cela, en raison de « leur production très énergivore, de leur faible durée de vie, et de la nécessité de les transporter tous les soirs pour les recharger », ce qui, tous comptes faits, « représente 25 % d’émissions de gaz à effet de serre de plus qu’une voiture en voyageant seul, et 40 fois plus qu’un trajet collectif en tram ou métro par km parcouru ». Pas fait pour plaire à Greta, tout ça !

Surtout, en ce jeudi 5 décembre, acmé de toutes les luttes, les trottinettes ont été « utilisées comme “briseurs de grève” », dénonce le collectif : « La RATP a en effet établi un partenariat avec des opérateurs de trottinettes électriques en libre-service afin de “proposer d’autres modes de transport”. Nous avons donc agi aussi en solidarité avec les grévistes des transports et toutes les travailleuses et travailleurs aujourd’hui en lutte pour la justice et la dignité. »

À comprendre que les trottinettes vertes, rouges ou bleues sont, en fait, des jaunes…

En vertu de quoi « nous renouvellerons cette opération jusqu’à mettre ces jouets des capitalistes verts hors de nos villes », prévient Extinction Rebellion. « Nous voulons des villes plus conviviales, moins rapides, avec des rapports humains apaisés, des transports doux et réellement écologiques ».

Et puis des chants d’oiseaux, sinon ça va saigner !

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