Editoriaux - 17 février 2019

Retour des 130 djihadistes : casse-tête pour le gouvernement

Après l’annonce, par Donald Trump, du retrait des soldats américains de Syrie, la France qui se trouve, de fait, mise en demeure de rapatrier 130 djihadistes sur le territoire national est maintenant confrontée à un imbroglio diplomatique, juridique et sécuritaire.

Jusque-là détenus dans le nord de la Syrie aux mains des Kurdes, l’avenir des combattants français de l’État islamique fait l’objet de multiples réunions et tractations au plus haut sommet de l’État. Et c’est depuis la fin du mois de janvier que le gouvernement d’Emmanuel Macron semble avoir fait volte-face quant à sa position sur l’avenir de ces djihadistes devenus bien encombrants. En effet, d’abord tenté de les laisser juger par les tribunaux irakiens, il semblerait qu’un retour en France ne soit plus aujourd’hui totalement écarté.

Désormais, quatre solutions sont donc évoquées. Tout d’abord, celle d’un rapatriement sur le sol français avec l’aide des États-Unis. En second lieu, la mise en œuvre d’un pont aérien sous mandat de l’ONU. Ensuite, une exfiltration par petits groupes, uniquement gérée par la France. Enfin, le retour à la solution irakienne. Cette dernière solution, qui verrait les combattants de Daech jugés par l’Irak, aurait l’avantage d’arranger tout le monde.

Mais les choses ne sont pas simples. Les aspects juridiques, notamment au regard du droit international, sont compliqués du fait de la zone concernée. Le nord de la Syrie, actuellement sous le contrôle des Kurdes, risque fort, une fois le bouclier protecteur américain parti, de redevenir une zone extrêmement instable. En ce qui concerne les aspects diplomatiques, il est évident que la plus grande confusion règne entre les États-Unis, la France, et les pays actuellement présents sur zone. Un accord paraît donc peu probable. La France, si la solution du maintien et du jugement en Irak des terroristes de l’État islamique et de leur familles n’est pas retenue, devra donc envisager sérieusement de rapatrier ces indésirables. Et cette fois-ci, les réactions pourraient bien venir de l’intérieur même du pays. Les djihadistes dont il est question ici seraient au nombre de 130 environ. Composés d’hommes, de femmes et d’enfants, il s’agit notamment de combattants dont certains ont pris une part très active dans les combats. De même, certaines femmes auraient été fortement impliquées dans le djihad. Il faut, en effet, se rappeler les motifs qui ont prévalu lors du départ de ces hommes et de ces femmes pour les zones irako-syriennes. En particulier la déclaration de la veuve de Coulibaly après son arrivée au califat : “Louange à Allah qui m’a facilité la route… c’est une bonne chose de vivre sur une terre qui est régie par les lois d’Allah. Je ressens un soulagement d’avoir accompli cette obligation” (l’hidjra ou émigration vers la terre sainte). Quant aux hommes, combattants pendant plusieurs années de l’État islamique, il y a fort à parier que le retour comme prisonniers en « terres impies » ne fera que conforter leurs convictions et contribuera à en faire des exemples, voire des martyrs, aux yeux d’une population radicalisée qui ne demande qu’à être convertie.

La problématique sécuritaire soulevée par ces rapatriements, dont on ignore, volontairement ou pas, le nombre exact, est donc un véritable défi pour le pouvoir en place. En effet, la judiciarisation de ces retours programmés ne résoudra rien sur le fond et fera planer sur la France, pour longtemps encore, une menace inacceptable. Pour cette raison, les revenants doivent être jugés par les tribunaux des pays où ils ont combattu. Les doubles nationaux doivent, par ailleurs, être déchus de leur nationalité française et renvoyés avec leurs familles vers leurs pays d’origine.

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