Le mouvement tournera-t-il à la jacquerie, comme celui des bonnets rouges qui s’était élevé, en octobre 2013, à partir de la Bretagne, contre la taxe poids lourds et les plans sociaux de l’agroalimentaire ? Ce mardi 15 mars, à Lorient, des dizaines de tracteurs, de camions et d’engins de chantier bloquent les accès au dépôt pétrolier de la ville.

Devant le bâtiment et sur le port de pêche, de grands feux sont allumés. L’ambiance est chaleureuse. On échange un café, une cigarette. Gravement impactés par la hausse du prix des carburants et descendus dans la rue, des pêcheurs, transporteurs, taxis ou ambulanciers réclament un gel du prix du . Et lancent un cri d’alarme.

Ces deux derniers mois, le prix moyen de certains carburants a augmenté de près de 40 %. Le gouvernement brandit l’argument de la guerre en Europe et met en avant la responsabilité du président russe dans cette flambée : les taxes sur le atteignent 60 %, en France, mais l’État français est libre de bloquer les prix.

Un chauffeur routier, possesseur de deux camions et patron de son entreprise, exprime son ras-le-bol. Il a travaillé toute sa vie, nous explique-t-il. Aujourd’hui, il lui reste moins de 300 euros à la fin du mois. Dans trois mois, il pense qu’il ne lui restera rien. Comme bien d’autres, il se dit encore calme, mais jusqu’à quand ? Quand ils n’auront que des dettes et leurs yeux pour pleurer, les manifestants pacifiques armés de drapeaux bleu-blanc-rouge seront remplacés par « des bulldozers et des pelles de 100 tonnes », explique-t-il. Pour lui, la balle est dans le camp de l’Élysée.

Venu, lui aussi, dire sa colère, Jean-Marc, commercial itinérant et militant du collectif Lorient Résistance, relève les nombreux faux pas et incohérences de la politique gouvernementale. Les victimes ? « Les agriculteurs, marins-pêcheurs, routiers, travailleurs du bâtiment et des travaux publics, ambulanciers, professionnels de la route...», énumère Jean-Marc. « L’augmentation drastique et injustifiée du prix des carburants, la multiplication débridée des aides sociales aux étrangers et des aides aux réfugiés, les suspensions suite au refus de la vaccination anti-Covid... » l’exaspèrent, alors même que « de nombreux Français n’arrivent plus à vivre, se contentent de logements insalubres, ne peuvent se chauffer l’hiver et ne bouclent pas leurs fins de mois ». Il prévient que le plus pacifique citoyen, lorsqu’on lui ôte le pain de la bouche et le fioul du réservoir, n’a d’autre choix que de parler au gouvernement dans son langage qui peut être brutal...

Selon Jean-Marc, « la politique, nécessaire participation à la vie de la Cité, doit avant tout être l’affaire de passionnés et non d’avides businessmen ». En ce sens, il encourage les jeunes à se présenter et affirme qu’il votera pour eux !

Cinq cents mètres plus loin, sur le port, les marins rassemblés ici par la hausse du gazole fraternisent jusque tard dans la nuit. Parmi eux, Florent, patron d’un navire de pêche de 18 mètres consommant 1.300 litres de par jour, explique : « Le moindre centime d’augmentation impacte significativement les frais d’exploitation du navire. » Pour lui, ces frais ont bondi de 700 euros, habituellement à 1.500-2.000 euros par jour actuellement. La pêche n’est plus rentable. Or, les matelots ne sont pas gratifiés d’un salaire fixe, ils se partagent les bénéfices de la pêche. Tout l’équipage se trouve ainsi directement impacté. Outre les pêcheurs eux-mêmes, le port, les mareyeurs, les poissonniers, les transports, la distribution sont également arrêtés : « Pour un marin en mer, cinq personnes travaillent à terre dans la filière », rappelle Florent.

Aujourd’hui, presque tous les pêcheurs de Lorient sont à l’arrêt, par nécessité ou par solidarité. Ils attendent de l’État le blocage du prix des carburants.

À Brest, Donges et ailleurs, d’autres dépôts et raffineries font aussi l’objet d’actions. Les augmentations des prix de l’énergie, des matériaux ou de l’alimentaire menacent de générer des mouvements sociaux dans les mois et les années qui viennent.

Illustration Aymeric Couchourel

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16 mars 2022

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40 commentaires

  1. Une Sardine a bloqué, dit-on, le port de Marseille…
    Que l’Election bloque les « maquereaux » au Pouvoir !

  2. Solidaire avec les Français qui souffrent, Ce gouvernement étant au dessous de tout ne veux ni ne peux comprendre nos peurs, nos peines, et nos espoirs. Il est bien trop occupé à se propulser dans son propre avenir, vivre de ses rentes et de son image de grand « défenseur » de l’humanité. Qu’ont-ils à faire de nous les Français, Rien leurs intérêts sont ailleurs.

  3. «  c’est pas not’ faute , c’est à cause de Poutine «  ou à cause du Covid , ou alors l’Europe
    Bref , il y a 30ou 40 ans lorsque le carburant augmentait de quelques centimes de francs à la pompe , ça faisait là Une de toute la Presse en France , aujourdhui ça fait rire les écolos et ça enrichit l’état. D’ailleurs en 2008 le baril était à 100$ et le gasoil a 1€25 environ à la pompe , aujourd’hui le baril est a 105$ et le diesel a presque 2 € pour nous
    La différence profite à qui ?

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