Armées - Editoriaux - International - 9 mars 2019

Renaissance du porte-avions Charles-de-Gaulle

Étonnamment, le porte-avions Charles-de-Gaulle, habituellement objet de toutes les attentions médiatiques, a quitté Toulon le mardi 5 mars sans tambour ni biniou, après deux ans de grand carénage qui en a fait un système d’armes tout neuf, selon les experts navals.

Il faut croire que les intenses activités sociales du moment et l’agenda territorial chargé du Président, empêché d’apponter derechef, ont occulté cet important événement qui replace publiquement la France dans le cercle prestigieux et limité des grandes nations maritimes.

Après un court passage au large de la Syrie pour relarguer symboliquement une balise tricolore auprès de la coalition internationale, désormais moins chargée en missions depuis la quasi-reddition de l’État islamique, notre « fleuron national » fera route vers l’océan Indien pour appuyer les partenariats stratégiques que la France entretient dans la zone Asie-Pacifique. Il sera à Singapour à l’occasion du Shangri-La Dialogue (du 31 mai au 2 juin 2019), la conférence internationale sur la défense et la sécurité dans la zone Asie-Pacifique.

Auparavant, notre ministre des Armées Florence Parly s’était déjà rendu à cette rencontre annuelle, sans l’appui de cet « outil politique et diplomatique ». Mais il est vrai que monter à la tribune avec cet impressionnant décor en fond de rade de la cité-État confère sans doute, avec le statut redoré de « puissance internationale », plus de poids aux déclarations.

La Chine, nouvelle puissance militaire locale, montre clairement ses prétentions de maîtrise, voire de souveraineté, sur la mer qui porte son nom et les multitudes d’îles et îlots contestés par les pays riverains ou voisins. Elle construit une force navale de plus en plus étoffée, comportant des porte-avions, et qui pourrait dans quelques années soutenir la comparaison avec la 7e flotte américaine déployée depuis des lustres sur son flanc maritime.

Au milieu de ces mastodontes, la France peut-elle “faire pression sur des États” ou “contrer des hégémonies étrangères” (sic) grâce à son armada ? That is the question!

Pour autant que les USA maintiennent leurs moyens et effectifs, car les velléités de Trump de réduire la voilure, en particulier en rendant la Corée du Nord plus fréquentable – nonobstant les contretemps du moment -, augurent mal d’un équilibre pérenne des forces en présence.

Si, d’aventure, les moyens américains se dégonflent notablement, on voit mal le Charles-de-Gaulle, quoique protégé par son escorte de surface et sous-marine habituelle, dissuader ou, pire, faire face à un belligérant de la nouvelle espèce qui menacerait l’une ou plusieurs de nos multiples possessions ultramarines disséminées dans le Pacifique, au sein des 9 millions de km² de zones économiques et leur 1,5 million d’habitants.

Pour sûr, un déploiement rapide et conséquent d’autres moyens de combat, plus agiles et plus furtifs, en particulier aériens, serait impératif…

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