Environnement - Société - 16 juillet 2019

Regarder une vidéo en ligne : un geste pas très écolo !

La fabrication du papier consomme de l’énergie. Auparavant, les moulins à papier se servaient des cours d’eau pour la domestiquer. Puis l’artisanat est devenu une industrie, avec de plus gros besoins. L’avènement de l’informatique n’a pas diminué, au début, la consommation de papier.

Mais aujourd’hui, la tendance est à la dématérialisation, à la disparition du papier et, plus généralement, du support physique. Le courrier papier se réduit comme une peau de chagrin face au courriel. L’album photo est stocké sur des serveurs accessibles en ligne. Le virement ou le prélèvement est plus efficace que le chèque pour régler un fournisseur. Nous regardons des vidéos en ligne à la queue-leu-leu, et non plus des DVD ou des vidéocassettes. Les pièces comptables et les données qui les retranscrivent dans les journaux, grands-livres et balances sont physiquement hors de notre contrôle, mais toujours à portée de quelques clics. La moindre question justifie une recherche sur votre moteur favori ou sur une encyclopédie en ligne. La quantité de données accessibles est ahurissante et modifie notre rapport aux informations, aux données : elles sont si facilement accessibles, que ce soit de nos téléphones ou de nos ordinateurs. Et puis, une donnée numérique est beaucoup plus facilement réutilisée que quand elle est couchée sur du papier.

Nous ne payons directement qu’une toute petite partie de l’énergie qui rend tout cela possible, celle de nos terminaux : ordinateur, tablette, téléphone prétendument intelligent. Mais il y a, derrière eux, toutes les infrastructures de télécommunication fixe ou mobile qui acheminent les signaux dans les deux sens, et aussi les centres de données, ces gigantesques hangars où tournent sans discontinuer des milliers de serveurs qui travaillent à vous apporter dans les meilleurs délais la réponse à votre sollicitation. Les processeurs et autres composants n’y chôment pas, chauffent beaucoup et doivent être refroidis, pour une empreinte écologique désastreuse, mais dont nous ne voyons que la partie émergée.

Songez, par exemple, à la quantité de données collectées par une application d’aide à la navigation automobile qui connaît, via ses utilisateurs, en temps réel l’état du trafic, et le nombre de calculs dont elle est capable afin de recalculer en temps réel quel est le meilleur trajet pour chaque automobiliste en fonction de sa destination et quelle sera son heure probable d’arrivée, puis de lui communiquer tout ça. L’avènement annoncé de la voiture autonome mais hyper connectée verra cette situation empirer. Les cryptomonnaies qui ambitionnent de concurrencer les monnaies régaliennes consomment, elles aussi, des quantités astronomiques d’énergie.

Les plus de 4.000 centres de traitement de données consommeraient 4 % de la consommation énergétique mondiale. La vidéo en ligne et le courrier électronique seraient à pointer du doigt, une simple recherche sur le moteur le plus connu équivaudrait, en dépense d’énergie, au réchauffage de l’eau pour un thé ou un café. Mais ce qui est plus alarmant, c’est la croissance de cette consommation d’énergie qu’induit la dématérialisation qui progresse. Même si la mesure de ces pollutions et leur attribution à des causes identifiables reste toujours discutable.

Comme pour toutes les ressources de la planète dont nous abusons sans doute, il conviendrait que nous nous orientions vers une sobriété maîtrisée, que nous nous servions de cet accès immédiat aux données en usant de méthodes vertueuses et en limitant autant que possible les usages futiles. Si l’Internet peut, dans une certaine mesure, passer pour un bien commun, il l’est beaucoup moins que notre planète entière !

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