Economie - Editoriaux - 19 décembre 2019

Réforme des retraites : le simulateur officiel est arrivé (ou plutôt le dissimulateur)

Macron l’avait promis : le nouveau simulateur de retraites est arrivé, ce jeudi 19 décembre, avec un jour de retard. Mais ceux qui l’utiliseront seront déçus. Il ne propose que des exemples types, qui ne tiennent guère compte de la réalité de chaque situation. De plus, il est, comme on pouvait s’y attendre, abusivement optimiste. C’est un outil de propagande plus qu’un outil d’information.

Le cas des enseignants est particulièrement significatif. Le gouvernement répète qu’ils n’y perdront pas. On peut lire, sur le site reforme-retraite.gouv.fr, qu’il « garantit […] que leurs retraites ne baisseront pas », ajoutant qu’« une revalorisation des salaires des enseignants […] interviendra progressivement et portera en priorité sur les débuts de carrière ». Mais comment croire un gouvernement qui s’est montré si pingre en toutes occasions, en refusant, par exemple, de relever la valeur du point d’indice, en dépit de l’inflation ? La revalorisation des pensions, en fonction de l’évolution des prix à la consommation, est aussi inscrite dans la loi : on sait ce qu’il en est advenu ! Sans compter que les caisses de l’État ne disposent pas des milliards qui seraient nécessaires pour une revalorisation effective des rémunérations.

Il en est de même pour les femmes. Le gouvernement assène que la réforme leur sera favorable. Avec, toujours, les mêmes arguments fallacieux. « Une majoration identique de 5 % par enfant, dès le premier enfant […], sera instaurée. L’attribution à l’un ou l’autre des parents sera librement décidée par le couple », prévoit le rapport Delevoye. Et le Premier ministre d’annoncer, dans sa générosité, « un supplément de 2 % de plus pour les familles de trois enfants et plus ». Ah, ce bon gouvernement qui a le souci des familles nombreuses ! Mais regardons-y de plus près.

Dans le système actuel, les femmes gagnent des annuités pour chaque enfant, ce qui compense en partie des carrières souvent hachées. En outre, le père et la mère bénéficient chacun d’une majoration de 10 % dès le troisième enfant. Tout cela disparaît avec le nouveau système. Il y aura, certes, une majoration de 5 % par enfant : pour trois enfants, cela fait 15 % + 2 % = 17 %, à répartir entre le père et la mère, soit 8,5 % par parent. Ce qui se traduit objectivement par une perte.

Ces deux exemples montrent que le gouvernement nie les évidences et profère des contre-vérités pour tenter de faire passer sa réforme, comme si sa devise était : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ! »

La prise en compte des rémunérations de toute la carrière, au lieu des 25 meilleures années dans le privé et des 6 derniers mois dans le public, ne peut aboutir qu’à une baisse importante des pensions. Mathématiquement, tous ceux qui n’ont pas un revenu stable seront concernés. La meilleure preuve que la réforme n’est pas favorable à l’immense majorité des Français, c’est que le gouvernement s’escrime à en retarder les effets : si la réforme était si « simple », si « juste », si « équitable », il l’appliquerait immédiatement et tous les Français applaudiraient.

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