Rapport sur l’audiovisuel public : à gauche, une hystérie qui en dit long

Les visages défaits, à gauche et au centre, décrivent le drame : leur maison est attaquée. Panique à bord…
Capture d'écran BFMTV.
Capture d'écran BFMTV.

Dans quelques décennies, en scrutant les réactions au vote final en faveur de la publication du rapport parlementaire sur l’audiovisuel public, les historiens trouveront une mine d’enseignements sans doute fort utiles pour expliquer l'évolution du débat politique en France.

On peine à expliquer qu’un simple rapport parlementaire fasse l’objet d’une guerre de tranchées aussi acharnée et à trouver une logique dans les propos qui fleurissent depuis l’issue du vote.

Sobriété tranquille à droite

À droite, peu de surprises. Le rapporteur, Charles Alloncle, a choisi la sobriété. « Il a fallu un certain nombre de compromis afin de pouvoir arriver à un vote favorable […] cela n’a pas été chose aisée […] cela s’est joué à très peu de choses », s’est-il contenté de déclarer pour expliquer quatre longues heures d’un combat sans merci en commission. Même tonalité apaisante chez son président Éric Ciotti, qui l’a félicité pour un rapport qui est « la concrétisation d’un travail de fond, courageux et salutaire ».

Au RN, le soutien a été franc, bien que sans emphase. « On ne prive pas les Français d’un débat légitime sur le fonctionnement d’un service public financé par leurs impôts », a déclaré Marine Le Pen, sur son compte X, « pas plus qu’on ne doit les empêcher de prendre connaissance du travail de six mois d’enquête qui ont mis en lumière les dérives, les errements financiers et les atteintes multiples à la neutralité politique ». Sur la même ligne, Jordan Bardella a ajouté y voir une « victoire pour tous les contribuables », ce que certains ne manqueront pas de considérer comme un signe adressé aux milieux du patronat et des libéraux partisans d’une mise au pas voire d’une privatisation de l’audiovisuel public.

Les Républicains, comme souvent, se sont signalés par leur grande discrétion, empreinte d’une certaine gêne à devoir applaudir la victoire d’un allié du RN. Ainsi, le député LR François-Xavier Ceccoli, membre de la commission qui s’est prononcé pour la publication du rapport, s’en est presque excusé, expliquant que son vote « ne veut pas dire que le document est partagé dans son intégralité ».

Hystérie à gauche

À gauche, c’est une certaine hystérie qui se dégage, d’où pointent une haine à peine contenue à l’égard du rapporteur ainsi qu’une volonté manifeste de s’en tenir aux invectives en évitant soigneusement d’argumenter sur le fond. Pour le député écologiste Jérémie Iordanoff, le rapport est « partiel et partial, bourré d'insinuations, d'attaques personnelles et d'arrangements avec les faits [ce qui] relève du pamphlet complotiste ». Et le même d’ajouter qu’il y a « un manque de courage du bloc central. Ils donnent le point au Rassemblement national », regrettant que « la commission d’enquête [ait été] instrumentalisée pour détruire l’audiovisuel public ».


Toujours chez les écologistes, Marine Tondelier a trouvé que « le rejet de son rapport n’aurait été que justice », sur la base d'une thèse des plus étonnantes quant aux motivations présumées de Charles Alloncle. « En rédigeant un torchon truffé de contre-vérités qu’il savait lui-même parfaitement inacceptable, il pensait organiser son propre échec afin de se faire passer pour un martyr chez Bolloré », analyse-t-elle.

Sa consœur socialiste Ayda Hadizadeh, aussi bavarde sur le sujet que réticente à donner des exemples à l’appui de sa démonstration, a qualifié le texte de « tissu de mensonges, d’approximations et de diffamations ». Haranguant la presse, elle a lâché : « À vous, journalistes, de faire votre travail. Ce rapport sera publié, vous verrez qu’il y a de la diffamation sur toutes les pages. » Puis, s’adressant directement au macroniste Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, elle accuse : « Tu nous as instrumentalisés, ce n’est pas correct. » Cherchant à justifier un si haut degré d’énervement, Ayda Hadizadeh s’est hasardée à une analyse de politique étrangère inattendue : « Nous ne pouvons pas laisser entrer dans les archives de l’Assemblée un rapport qui est fait comme un tract du RN et de l’UDR, qui voue une admiration sans borne à Donald Trump. Ici, ce n’est pas Mar-a-Lago [la résidence de Trump en Floride, NDLR], c’est l’Assemblée nationale. Ici, ce n’est pas encore l’Amérique de Trump. Ici, c’est la République française ! »

Ses collègues s’étant longuement époumonés sur le sujet avant le vote, le député LFI Aurélien Saintoul a remis à plus tard toute critique détaillée du rapport. « Nous engagerons la bataille ligne après ligne pour montrer l’incohérence des propos », a-t-il lancé aux journalistes. « Jusqu’au bout, le macronisme aura servi de marchepied à l’extrême droite : grâce à l’abstention des élus du camp présidentiel, un rapport parlementaire contre l’audiovisuel public a été adopté. Un délire complotiste sponsorisé par le système Bolloré », a analysé, de son côté, le trotskiste Edwy Plenel, résumant finalement assez bien le message de la gauche, peu argumenté, mais clair et tranché.

Gêne agacée au centre

On ne peut pas dire que la même clarté ait, comme bien souvent, caractérisé les réactions du bloc central. Pensant, sans doute, que l’issue du vote serait différente, Yaël Braun-Pivet a imprudemment accepté une invitation matinale sur CNews, le 28 avril. Visiblement gênée de devoir commenter le résultat, la présidente de l’Assemblée nationale a opté pour le service minimum. « Je salue le travail de Charles Alloncle, mais il a peut-être été un peu trop dans la lumière », a-t-elle lâché, après avoir tout fait pour saboter son travail, dans l’ombre…

Sur France Inter, le président de la commission a conclu une collaboration houleuse, pour ne pas dire franchement conflictuelle, avec Charles Alloncle par un modèle de commentaire fielleux. Face à un Benjamin Duhamel qui a parfaitement compris que le mode interrogatif n’était qu’une simple précaution verbale pour éviter un procès en diffamation, Jérémie Patrier-Leitus a clamé son mantra du moment : « Est-ce que le rapporteur a été impartial et indépendant tout au long de cette commission d'enquête ? Est-ce qu'il a agi par consigne ou par commande ? » Pas dupe, le journaliste lui a fait remarquer que, quand on lance « des accusations comme celles que vous portez ce matin, soit on apporte des éléments concrets, soit ça apparaît comme étant une forme de procès d'intention, voire de complotisme light. Qu'est-ce qui vous fait dire que Charles Aloncle était peut-être manipulé par des gens qui veulent acheter l'audiovisuel public à vil prix ? » Pas de réponse : le macroniste répète qu'il n’a fait que s’interroger, bien sûr…

Comment comprendre des attaques aussi brutales contre ce rapport qui, comme tout autre, ne fait qu’ouvrir un débat en le nourrissant de témoignages et d’éléments factuels et chiffrés ? À gauche, un rapide décryptage des propos et le refus systématique d’argumenter sur le fond confirment qu’une peur panique s’est emparée de toute la mouvance « progressiste », dont l’audiovisuel public est un bastion. Par ailleurs, à gauche comme au centre, on a bien perçu que ce bastion devait survivre afin de permettre, dans un an, de renouveler le hold-up présidentiel qui a plusieurs fois, déjà, privé la droite, majoritaire dans l’opinion, d’un retour au pouvoir.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 29/04/2026 à 19:07.

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Plutôt que de réagir de cette manière, cette élue PS ferait mieux de dénoncer les terribles événements qui secouent le pays d’où elle est originaire, elle y gagnerait en crédibilité, la discrétion n’étant pas son fort..

  2. Tant qu’on ne sera pas un pays du tiers monde, la gauche ne sera pas satisfaite! Le chaos, la destruction de notre politique sociale, une économie en faillite seront leurs seuls résultats. Moyen et long terme c’est zéro chez eux.

  3. Très étonnant, moi je vois l’inverse : hystérie partisane à droite (qui a dit « je quitterais la salle dès que ce monsieur prendra la parole » ?) et recherche de la vérité dans le discours des personnes reçues (qu’elles soient d’ailleurs de droite ou de gauche : est-ce le sujet ?).

  4. Ils deviennent fous de rage!Charles Alloncle leur a fait perdre leur sang froid et c’est avec une sorte d’hystérie collective qu’ils s’en prennent à lui,le prenant pour cible,le menaçant,le vouant aux gémonies.
    Comme il fallait s’y attendre,ils accusent le rapporteur de n’avoir effectué qu’une investigation à charge,oubliant qu’il s’agissait avant tout d’un travail de parlementaire chargé de mener à bien une observation sérieuse sur la manière dont l’argent du contribuable est utilisé,ce qui est tout à fait légitime dans une démocratie.
    Les rageux de gauche voient le rôle de procureur qu’ils s’était octroyé totalement inversé dans les faits par le biais d’un député sérieux,travailleur et qui n’hésite pas à bousculer l’ordre établi.
    Mais sans jamais verser dans la morale excessive,contrairement à cette cohorte de sermonneurs qui jugent et se permettent de rendre justice en ostracisant ceux qui ne leur plaisent pas.
    Ils viennent de prendre la monnaie de leur pièce!

  5. La gauche, après avoir noyauté l’audiovisuel public, s’en est cru propriétaire. . et elle a pleinement réussi. Dès lors, cette caste est régie par la pensée unique.
    Elle ne comprend donc pas qu’on vienne lui demander des comptes, puisqu’elle se considère irréprochable. C’est le droit divin de la gauche.

  6. Le « buzz » du rapport Alloncle est le point de convergence, tels les rayons lumineux sur un four solaire, de trois puissants faisceaux :
    – la prise « la main dans le sac » des potentats de l’audiovisuel public,
    – la publication in fine du rapport Alloncle,
    – Le succès et la prise de fonctions signalée d’E.Ciotti à Nice.
    D’où l’hystérie de la gauche qui vocifère comme des arguments justificatifs ses propres travers : mensonges, dissimulations, manquements, biais et déformations diverses, dénis et délits.

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