Editoriaux - Politique - 12 mai 2019

Raffarin, venu soutenir Nathalie Loiseau à Strasbourg, donne un bon exemple de tartufferie

Vous demandez-vous ce qu’on retiendra de la carrière de Jean-Pierre Raffarin ? Ses raffarinades ? Pas sûr qu’elles soient toutes volontaires et, en aucun cas, elles ne valent les jeux de Raymond Devos avec les mots. La journée de solidarité ? Elle serait tombée dans l’oubli si Macron n’en avait envisagé une seconde.

Cherchez bien ! Ne trouvez-vous pas qu’il mériterait d’être inscrit dans les annales comme champion hors catégorie de tartufferie ? Certes, beaucoup de politiciens, à droite comme à gauche, pourraient prétendre à ce titre. Mais cet ancien Premier ministre excelle dans l’exercice. Voyez-le, à Strasbourg, se porter, aux côtés d’Édouard Philippe, à la rescousse de Nathalie Loiseau, dont la campagne peine à prendre son envol. Devant un public d’environ 600 personnes – une assistance, somme toute, modeste, surtout que quelques vilains gilets jaunes sont venus la grossir –, il a renouvelé sa confiance dans la liste Renaissance. On peut se demander si ce vieux cheval de retour incarne le renouveau, mais intéressons-nous plutôt à la façon dont il justifie son soutien.

« Entre Nathalie Loiseau et Édouard Philippe, je ne me sens pas comme un étranger. J’habite à la même adresse : rue Juppé, c’est à droite sur l’avenue de l’Europe, dans le prolongement des grands boulevards Pompidou, Giscard, Chirac et Sarkozy. » On ne sait pas si cette adresse est celle d’une maison de passe, mais beaucoup de politiciens l’ont fréquentée, plus ou moins discrètement. Lui, Raffarin, ne s’en cache pas : il s’en vante. Celui qui est encore membre des Républicains définit ainsi son ambition : « Elle est dans la vision d’Emmanuel Macron ! » Pas gentil pour Nathalie Loiseau, dont on se demande à quoi elle sert.

« Comment se rassembler ? En votant pour la liste Renaissance, c’est-à-dire en votant pour la France », affirme-t-il, sans complexe. À part la rime, cette formule ne présente que l’intérêt de souligner la suffisance du camp macronien qui, malgré ses déboires, voudrait passer pour un recours providentiel. Édouard Philippe, qui habite aussi rue Juppé, en rajoute une couche, en ironisant sur les « racines judéo-chrétiennes » et « gréco-romaines » de la France, défendues par la tête de liste de son ancien parti, François-Xavier Bellamy. Il déclare que « des racines, ça ne fait pas un projet ». On pourrait lui rétorquer qu’un projet sans racines tombera, tôt ou tard, de lui-même.

Jean-Pierre Raffarin prétend agir au nom de l’intérêt de la France. Un pied chez les Républicains, un pied chez les Macroniens.

Ce grand écart ne semble pas l’incommoder. Les mauvaises langues diront que cette acrobatie n’est pas désintéressée : il espère peut-être, si Macron l’emportait aux élections européennes, en tirer quelque bénéfice pour prolonger sa carrière. Mais foin des procès d’intention ! Constatons, simplement, que son attitude ne plaide pas en faveur de sa sincérité. En concourant au titre du meilleur Tartuffe, il entre dans la cour des pires politiciens que la France ait connus.

« Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,/Je ne danserai pas sur ton tréteau banal/Avec tes histrions et tes prostituées », écrivait Leconte de Lisle, qui refusait, pour l’artiste, les compromissions et la démagogie. Jean-Pierre Raffarin n’a pas les mêmes scrupules. Comme s’il avait oublié ce qu’est un grand homme politique, il préfère se montrer sur les estrades en bonimenteur de foire. À chacun sa grandeur…

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